dimanche 4 janvier 2015

Rétrospective 2014 (2): France

  
 
2014 en France: une année humide
  Humide: c'est sans doute le qualificatif que François Hollande retiendra pour décrire son année 2014. Peut-être horrible aussi. Les adjectifs en H sont décidément à l'honneur à l'Elysée. Les embruns de l'île de Sein ont sans doute une valeur symbolique ici, celle du président le plus détesté de la Vème République. Nicolas Sarkozy avait pris des coups, lui aussi, mais il restait appuyé sur une base solide de sympathisants UMP. Hollande, à force de zigzags, a trouvé le moyen de dégoûter les sympathisants PS, dont le nombre a d'ailleurs fondu comme neige au soleil.

  Bref, 2014 est une année atroce pour l'ensemble de la classe politique française, à l'exception toutefois de Marine le Pen, qui peut se féliciter de succès électoraux. Le Front National s'est hissé à la première place lors des élections européennes en remportant 25% des suffrages, cinq points devant l'UMP et loin devant le PS. Au grand dam de la démocratie européenne, les partis populistes progressent dans tout le Vieux Continent; un point commun les rassemblent: le rejet de l'Europe et de l'immigration. Heureusement, les litiges idéologiques et l'origine nauséabonde de certains partis (dont le FN) font que la création d'un unique groupe au Parlement européen échoue. Reste que la voix de la France est fortement réduite par la progression de l'extrême droite, laissant le champ libre à l'Allemagne pour imposer ses décisions.



2014 pour Nicolas Sarkozy
  A l'UMP, l'année 2014 marque le retour de Nicolas Sarkozy, qui sort de sa "retraite". Celui-ci avait depuis longtemps laissé entendre qu'il reviendrait, par le biais de ses fameuses cartes postales à la presse, qui avaient un double but: ne pas se faire oublier et montrer qu'il se tient à l'écart de la vie politique. Toutefois, la posture du "vieux sage" n'a pas tenu très longtemps, comme le montre son score décevant à l'élection du président de l'UMP (64,5%) et sa chute dans les sondages depuis le mois de septembre où il a annoncé son retour dans l'arène.
  Au-delà du style toujours clivant de l'ex-président, c'est le fond même de ses idées qui ont fait débat. Sur le "mariage pour tous", sujet sur lequel il avait toujours eu une position flottante, il cède devant une salle pleine de militants surchauffés, avec un commentaire cynique: "Ça coûte pas cher". Face à un Fillon sur une ligne libérale assumée et un Juppé conciliant qui défend une ligne de centre droit, son discours construit sur une posture anti-immigration passe mal auprès des électeurs centristes. "Sarko" donne l'impression de vouloir siphonner les voix FN avec ce discours, en oubliant que les électeurs préféreront toujours l'original à la copie.
  Une primaire ouverte risquerait donc de mal tourner pour l'ex-président, qui a pris les commandes de l'UMP, et veux transformer le grand parti de droite. Sa stratégie est, en apparence du moins, assez limpide: changer les statuts du parti, mettre ses officiers à des postes-clés et tenter de verrouiller la primaire pour 2017. À l'inverse, Juppé veut rester le plus tard possible en dehors de l'arène, diffuser une image apaisante et gagner la primaire ouverte grâce au centre. Le certain, c'est que les batailles politiques au sein de l'UMP ne sont pas finies.

Le nouveau secrétaire général du PS
  Alors que le combat des chefs sévit à l'UMP, le Parti Socialiste souffre, lui, d'une crise idéologique: le parti est déchiré entre une aile sociale-démocrate, représentée par le Premier Ministre Manuel Valls et le Ministre de l'économie Emmanuel Macron, et une aile gauche, composée des "frondeurs". La gauche subit sa mue, que les autres grands partis de gauche européens ont déjà effectué il y a une quinzaine d'années avec Blair et Schröder.
  Cette mue est la partie émergée d'un phénomène en cours: si de plus en plus d'électeurs sont attirés par le discours anti-libéral du FN, des sondages montrent aussi que les Français soutiennent de plus en plus les réformes nécessaires. La France est prête pour les supporter.
  La transformation idéologique du PS a commencé au début de l'année 2014, lorsque François Hollande, dans ses voeux aux Français, soutient une ligne pro-entreprises et annonce le pacte de responsabilité, en plus du CICE. En avril, la démission du Premier Ministre actuel, incapable de gérer son gouvernement et sa communication, est actée: Manuel Valls le remplace et nomme un gouvernement issu majoritairement de l'aile droite du PS.
De moins en moins de députés PS votent les projets de loi
  Mais, très vite, le gouvernement Valls rencontre des problèmes: des députés PS s'abstiennent lors de certains votes, jugés trop à droite. Le nombre de frondeurs serait sans doute bien plus important, si l'ombre de la dissolution et de la bérézina électorale ne planait sur leur tête. Lorsque trois ministres, Montebourg, Hamon et Filippetti soutiennent ouvertement les frondeurs, la guerre est déclarée: Valls annonce la démission de son gouvernement et est aussitôt chargé d'en nommer un nouveau.
  Pour le Parti Socialiste et pour toute la classe politique, il faut tirer les leçons de ce vaudeville politique: au lieu du spectre politique classique, il s'agit d'en dessiner un nouveau. Il faut pour cela revenir aux fondements de la droite et de la gauche, et particulièrement anglaises, quand le libéralisme était une valeur de gauche. Le nouveau spectre aurait par exemple comme noyau un grand mouvement centriste, qui rassemblerait le centre gauche et droit. Ils ont en effet en commun un certain amour pour la mondialisation, l'entreprise et le libre-échange. D'autre part se situerait l'aile gauche du PS (y compris les Verts) et droite de l'UMP et enfin les extrêmes, qui partagent beaucoup de valeurs (anti-mondialisation, anti-libéralisme, anti-libre-échange, étatisme, etc.).
2014 pour Alain Juppé
  Si cette vision est quelque peu idéaliste, la division binaire de la classe politique n'est aujourd'hui plus efficace pour lutter contre le populisme et la démagogie du Front National: la barrière qui sépare la droite et la gauche doit donc devenir poreuse. Alain Juppé a ainsi déclaré: "Je vois se dessiner une sociale-démocratie et un social-libéralisme qui pourraient faires des choses ensemble". Sur ces bonnes paroles, espérons que 2015 sera meilleure.

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