mercredi 18 novembre 2015

Réagissons à l'intérieur, comme à l'extérieur


Après les attentats du 13 novembre, après le débordement d'émotion, de solidarité et d'hommage, l'inutile "pas d'amalgame" et la belle union nationale, l'heure est venue de tirer des conclusions. Cet article se décline en trois parties : 

1/3 Arrêtons avec l'islam intouchable 

2/3 Traitons le problème de l'immigration avec courage et sans tabou

3/3 Réagissons à l'intérieur, comme à l'extérieur


Ces trois articles sont à retrouver sur De l'émotion à l'action


Réagissons à l'intérieur, comme à l'extérieur


Nous étions prévenu. 

De "Ce que je veux dire aux Français, c'est que nous sommes en guerre" (Manuel Valls) à "Notre politique extérieure doit intégrer le fait que nous sommes en guerre." (Nicolas Sarkozy) en passant par "la France et les Français ne sont plus en sécurité" (Marine Le Pen), la classe politique dans son ensemble nous a rappelé que nous sommes en guerre. Une guerre n'implique-t-elle pas un certain nombre de risques ?
Donc pourquoi sommes-nous surpris d'être attaqué ? Le principe d'une guerre est d'anéantir un adversaire. Nous savions donc pertinemment qu'attaquer l'Etat islamique en Syrie nous faisait courir des risques. Bien entendu, cela n'enlève rien à la barbarie des attentats. 
Après Charlie Hebdo, on a disserté sur l'atteinte à la liberté d'expression, fierté du pays des Lumières et de la démocratie. Après l'Hyper Cacher, on a parlé d'antisémitisme. Cessons de nous voiler la face. 
Les attentats du 13-Novembre nous montrent de manière terrifiante qu'ils ont bel et bien déclaré la guerre à la France. Or la plupart des terroristes étaient pourtant français. Le constat en est d'autant plus terrifiant : nous sommes attaqués par des individus à qui nous avons accordé la nationalité. Celle-ci, qui devrait avoir pour but de les intégrer, de les faire aimer la France, n'a plus d'impact sur eux. Rien ne sert de nier : certains musulmans possédant la nationalité française haïssent la France de toute leur force et travaillent dans l'ombre pour la détruire. Refuser cette réalité ne leur laisse que plus de temps pour se préparer. Il est temps d'agir.




Onze attentats auraient été déjoués depuis janvier. Ce nombre nous effraie et nous rend fier en même temps. Nous sommes effrayés parce que, aujourd'hui plus que jamais, le danger terroriste qui plane sur la France est grand. Mais nous sommes aussi fiers de la compétence de nos services de police. 
Néanmoins, l'action intérieure de nos services de renseignement, de notre police, de notre gendarmerie, de notre armée est-elle pour autant suffisante ? 
Les attentats du 13 novembre nous prouvent que non. Interrogeons-nous sur les solutions qu'il conviendrait d'apporter à ce problème. Une interrogation persiste ainsi quant au traitement à réserver aux milliers de "fiches S" (pour sûreté d'Etat) qui sont actuellement en liberté en France. alors que les plus radicaux appellent à tous les emprisonner, un contrôle 24h/24 semble plus envisageable malgré la charge que cela représenterait pour la police. 


Un "Patriot Act" français ?

La multiplication du nombre de terroristes potentiels dans notre pays pose un grave problème de sécurité. L'état d'urgence proclamé par François Hollande, vendredi soir, ne pourra se prolonger éternellement. Il est temps de faire passer notre sécurité devant une infime partie de notre liberté. Ainsi, une loi sécuritaire sur le modèle du Patriot Act, adopté aux Etats-Unis après le 11-Septembre. En effet, ne peut-on pas considérer que le 7-Janvier puis le 13-Novembre sont les 11-Septembre français ?

Evidemment, les détracteurs de cette loi seraient nombreux. Celle-ci impliquerait une réduction de nos libertés, une certaine contrainte. Mais il faut savoir ce que nous voulons. Concrètement, en plus de régler leur sort aux imams salafistes qui prêchent en toute impunité le jihad, cette loi doit avoir plusieurs buts : 

- faciliter l'incarcération des potentiels terroristes (qui sont plusieurs milliers à l'heure actuelle sur notre territoire). Cette partie ne veut néanmoins pas dire qu'il est nécessaire de se doter d'un équivalent français de la prison américaine de Guantanamo, symbole de la toute-puissance des Etats-Unis, soucieux de respecter le droit international qu'ils ont participé à fonder... quand ça leur chante. 

- renforcer les contrôles aux frontières. Le problème de l'immigration, qui a été replacé sur le devant de la scène à cause de la crise des migrants est très préoccupant et je vous propose de retrouver nos solutions dans cet article : Traitons le problème de l'immigration avec courage.

- renforcer la législation pénale sur le terrorisme. Le problème à résoudre est le suivant : les peines pour les membres de cellule terroriste sont trop faibles et donc pas efficaces. Ainsi, Louis Caprioli, ancien responsable de la lutte antiterroriste DCRI affirmait en 2013 que 
"Les principaux suspects sont jugés pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", et condamnés à six, sept ou huit ans de prison. En prenant en compte les remises de peine, ils ressortent généralement deux ou trois ans après le procès, soit quatre ou cinq ans après leur arrestation." 
Ridicule et préoccupant. 

Notons également que la déchéance de nationalité proposée par François Hollande est plus symbolique que réellement efficace. En effet, quel est l'impact sur les déchus sachant qu'au départ ils aiment si peu la France qu'ils complotent dans l'ombre pour l'attaquer ? Comptons donc sur Christiane Taubira, qui malgré sa volonté de vider les prisons françaises (ce qui dénote tout de même une réelle incompétence, conjuguée à une irresponsabilité choquante), devrait tout de même être forcée de réagir.


Notre réponse extérieure doit être ferme mais juste 

Après les attentats, nombreux sont ceux qui ont appelé à se venger au travers d'une réplique immédiate, sanglante, en intensifiant les frappes contre l'Etat islamique. Cette réaction, compréhensible devant le choc émotionnel vécu par certains, est injuste et irréfléchie


Injuste car une intensification immédiate des frappes se ferait malheureusement à l'aveugle, ce qui aurait la désastreuse conséquence d'augmenter le nombre de "bavures". Ce mot est un euphémisme pour masquer une terrible réalité que l'on sous-estime fortement : les dégâts collatéraux des frappes sont nombreux et de nombreux civils périssent non sous les armes de l'Etat islamique, mais bien sous les bombes occidentales. Ainsi, doit-on sacrifier des vies civiles syriennes dans le but de protéger des vies françaises ? Les Syriens auraient-ils moins de valeur que les Français ? 



Irréfléchie car elle occulte un certain nombre de réalités d'ordre géopolitique. 

Premièrement, nous ne pouvons battre l'Etat islamique sans l'aide de partenaires. Sa destruction passe nécessairement par la formation d'une coalition élargie (par rapport à notre coalition actuelle qui s'essouffle dangereusement). Ainsi, l'alliance d'une part avec la Russie, et d'autre part avec l'Iran est essentielle. Ces deux pays connaissent bien mieux le terrain que les Occidentaux et ont une puissance de feu non-négligeable. (Si vous voulez approfondir cette question du Moyen-Orient, je vous invite à visiter notre article : Le Moyen-Orient, terrain de jeu des grands.) Cette alliance est d'autant plus vitale que l'armée française est actuellement limitée en terme de moyens. Or une guerre coûte extrêmement cher et nos moyens financiers sont limités - même en cas de hausse du budget de la Défense, ce qui est de toute façon compliqué vu l'actuelle morosité financière française (Voir notre analyse du problème de la dette : La dette, notre épée de Damoclès ?)


Deuxièmement, notre intervention en Syrie ne doit pas être dissocié d'une vision de long-terme : que sera l'après-Etat islamique ? Il est primordial d'éviter un deuxième Irak, c'est-à-dire d'éviter que la Syrie se retrouve si affaiblie qu'un conflit de ce type pourrait se reproduire dans cinq ans. Qui osera nier que l'intervention unilatérale américaine en 2003 a favorisé la naissance de l'Etat islamique ? En renversant Saddam Hussein, Georges Bush a déstabilisé le pays, et même la région toute-entière. 

Or l'après-Etat islamique s'annonce particulièrement compliqué. Les crimes commis par Bachar Al-Assad lors de la guerre civile semblent le décrédibiliser. Les rebelles modérés sont en voie de disparition, emportés par la guerre ou radicalisés dans des organisations jihadistes, type Front al-Nosra. Il est donc temps que les puissances impliquées dans la coalition décident d'une solution qui favoriserait l'intérêt des Syriens et non un quelconque intérêt personnel. 


Bien entendu, cela peut sembler utopique tant les intérêts des membres de la coalition divergent. Ainsi, dans son éditorial dans The New York Times, Olivier Roy résume très habilement l'actuel divergence stratégique. 
"Jusqu’à maintenant, aucun autre Etat ne traitait Daesh comme la principale menace stratégique dans le monde aujourd’hui. Au Moyen-Orient, les principaux acteurs ont d’autres adversaires qui leur semblent plus importants." dit-il avant d'énumérer les autres préoccupations des Etats.
Finalement, la France semble bien seule dans la guerre engagée contre l'Etat islamique, alors que les Américains, encore traumatisés par le souvenir de l'Irak, refusent la perspective d'envoyer des troupes au sol. L'alliance avec une Russie elle aussi touchée en plein cœur par les attentats aériens semble être un pas important vers une coalition anti-Etat islamique. Il semblerait que nous nous dirigeons à grand pas vers une coalition France-Etats-Unis-Russie-Iran, qui pourrait tout à fait, dans le cas où elle coopérerait efficacement, anéantir l'Etat islamique rapidement. 

Mettons aussi fin à nos alliances idéologiquement incorrect : l'Arabie saoudite et le Qatar sont nos ennemis. Dans une tribune publiée dans Le Monde d'hier, deux spécialistes du Moyen-Orient, Sophie Bessis, historienne, et Mohamed Harbi, historien du FLN, dénonçait la "cécité volontaire" de l'Occident et appelaient la France à "mettre un terme à ses relations privilégiées avec l'Arabie saoudite et le Qatar, les deux monarchies où l'islam wahhabite est la religion officielle, tant qu'elles n'auront pas coupé tout lien avec leurs épigones jihadistes, tant que leurs lois et leurs pratiques iront à l'encontre d'un minimum décent d'humanité." Même écho dans une tribune du "Plessis", groupe de haut fonctionnaire, qui dans une tribune du Figaro Vox, appelle à "reconsidérer nos relations avec des pays qui jouent un rôle trouble et foulent aux pieds nos valeurs, tels que l'Arabie saoudite." L'exemple d'Ali al-Nimr, le jeune saoudien de confession chiite condamné à mort dont le sort est toujours en suspens, est édifiant et devrait nous interroger : comment une démocratie comme la France (et Dieu sait à quel point nous en sommes fier) peut-elle traiter avec un pays qui n'hésite pas à décapiter ses opposants, même les plus pacifiques ?

Un problème subsiste : les guerres coûtent extrêmement cher et nous sommes économiquement très faibles. Ainsi, on ne peut que saluer l'initiative de notre Président qui s'apprête à demander à l'Union européenne une aide financière, en vertu de l'article 42.7 du traité de Lisbonne pour la première fois de l'histoire. Le 14 novembre, La Tribune s'interrogeait :
"Comment l'Europe peut-elle continuer à donner des leçons à la France sur le respect des critères de Maastricht après les sanglantes attaques terroristes de Paris qui ont fait près de 130 morts? Ce débat, les Français y ont droit. Car ils viennent de payer très chèrement le prix du sang, la France ayant choisi de faire la guerre au terrorisme international au Mali, en Irak et en Syrie notamment. Contrairement à d'autres pays. Mais la guerre a un prix. Pour 2015, le surcoût des opérations extérieures (OPEX) devrait s'élever à 1,2 milliard d'euros et celui des opérations intérieures (OPINT) à 180 millions. Mais ça, c'était avant les attaques du vendredi 13 novembre."
Autant dire que, si un assouplissement de la règle des 3 % de déficit est vital, l'aide européenne l'est tout autant.


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