mercredi 11 novembre 2015

En attendant la COP 21...

A l'approche de la Conférence de Paris, qui s'ouvrira le 30 novembre, le développement durable est revenue au centre de l'actualité, pour au moins quelques semaines. Les débats se multiplient devant cette question primordiale qui risque de déterminer notre futur. Il convient donc de comprendre les enjeux qui vont se jouer lors de cette COP 21, en analysant de vue le cœur du sujet qui tient en deux mots, nés du remarquable rapport Brundtland : le développement durable.


La croissance économique est-elle compatible avec la préservation de l'environnement ?

Il est incontestable que la croissance a des effets pervers, notamment sur l'environnement. Tous les rapports du GIEC ont confirmé ce problème et, dans le même temps, remis en cause le principe du "toujours-plus de croissance". Que ce soit par le biais de la déforestation, de la surexploitation des ressources aquatiques, du réchauffement climatique ou du rapide épuisement des ressources non-renouvelables, la croissance économique est terriblement néfaste à l'environnement.
Pire encore, la croissance a des effets pervers sur elle-même. Le méconnu rapport Stern, commandé en 2006 par le Royaume-Uni, met ainsi en lumière les risques du changement climatique : les risques liés au changement climatique coûteraient au moins 5% du PIB mondial chaque année. Ce qui est colossal quand on sait que 1% du PIB mondial pourrait stabiliser immédiatement les émissions de gaz à effet de serre.





Les économistes se sont déchirés sur ce sujet du développement durable et un rapide résumé, couplé à un peu de bon sens, suffit à nous faire comprendre quelle théorie économique est la meilleure.
Les néo-classiques considèrent que la croissance est parfaitement soutenable, puisqu'on peut substituer les capitaux entre eux. Concrètement, la baisse de capital naturel liée à la pollution serait compensée par une hausse des autres types de capitaux (physique, technique, humain).  Selon cette théorie, une baisse de la qualité de l'eau, due à la pollution, n'est pas grave : un autre type de capital, par exemple une hausse du niveau de l'éducation (capital humain) compenserait tout à fait. Le bien-être ne diminuerait pas. Aucun problème.
Ces même néo-classiques approuvent la courbe environnementale de Kuznets (nommée à tord car, elle est, en réalité, postérieure aux travaux de l'économiste américain) : l'augmentation de la pollution serait liée à l'industrialisation et à l'enrichissement de la population. Donc un pays industrialisé et riche réduirait ensuite sa pollution. Force est de constater que de tous les pays industrialisés, aucun n'a réduit sa pollution. L'empreinte écologique est loin de diminuer lorsqu'on atteint un certain niveau de richesse.

La très contestable courbe environnementale de Kuznets.

L'autre théorie est celle de la soutenabilité forte, qui induit que les capitaux ne sont pas substituables, mais complémentaires. Le capital naturel ne peut tout simplement être remplacé (qu'est-ce qui remplacerait un arbre détruit ou un poisson empoisonné ?). Il s'agit donc de ne pas passer en-dessous d'un certain stock critique de capital naturel. Cela implique de préserver à tout prix l'environnement, dans un souci de le transmettre intact aux générations futures.
Ce souci est même d'ordre purement moral. Ne met-on nous en danger nos propres enfants lorsque nous polluons, refusons de trier nos déchets, oublions d'éteindre la lumière ? La moindre de nos actions a un impact sur notre planète.
Notre mode de vie tout entier est à remettre en question. C'est d'ailleurs ce à quoi nous appelle le pape François dans son encyclique Laudato Si sur l'environnement. L'occidentalisation du monde est en train de nous jouer de vilains tours. Il y a encore quelques années on louait la propagation d'un mode de vie "parfait", qui assurerait le bien-être de chacun. Aujourd'hui, on se rend compte que notre mode de vie n'est pas soutenable. Selon les experts, il faudrait plus de cinq planètes pour assurer nos besoins. Terrifiant.

Ce terrible constat ne doit pas pour autant nous laisser sombrer dans une passivité alarmiste. L'action est de mise. La politique peut encore changer les choses. Plusieurs interrogations naissent à partir de cette observation.


Quelles sont les politiques actuelles et quelle est leur efficacité ? 

La multiplication des sommets, des conférences, des protocoles, n'ont apparemment pas permis d'enrayer le phénomène de destruction de l'environnement. En réalité, si le problème n'a pas disparu, il persiste, d'où la COP 21.
Alors que les années 1990 ont vu la réussite des sommets (Rio en 1992 puis le fameux Kyoto en 1997) : ce n'est plus le cas. Le sommet de Copenhague témoigne de cet échec des négociations actuels, qui met en question la capacité de la COP 21 à aboutir sur des mesures concrètes. Pourquoi ?
Les deux principaux responsables de ces échecs sont la Chine et les Etats-Unis - comme par hasard, les deux plus gros pollueurs de la planète avec 40 % des émissions de gaz à effet de serre à eux-deux. Les deux géants refusent de sacrifier leur vigueur économique, quitte pour la Chine à menacer la santé de sa population, terriblement affectée par la pollution industrielle (photo)


Source : franceinfo.fr

La répartition des efforts entre pays pose en effet problème. Ainsi, alors que l'Union européenne s'est engagée à fond dans des politiques de préservation de l'environnement, elle semble bien seule face aux pauvres efforts des puissances émergentes. La conduite des Etats-Unis est tout bonnement honteuse et profondément irresponsable : la première économie du monde a refusé de ratifier le protocole de Kyoto arguant que celui-ci ne va pas "dans le sens des intérêts économiques américains" (comme si l'ensemble des mesures contraignantes allait dans le sens des intérêts européens!) Le bon sens voudrait pourtant que les plus gros pollueurs payent le plus, en dédommagement de leurs industries néfastes.

En France, les deux Grenelle de l'environnement, votés sous Sarkozy, se révèlent peu efficaces, malgré les grands espoirs suscités au départ. Hollande, de son côté, a tout misé sur la Conférence de Paris pour sauver son sombre quinquennat, ne risque pas de faire échouer les négociations. Une flopée de courageuses nouvelles contraintes devrait donc naître à partir de cet hiver.


Quelle place pour le social dans le développement durable ? 

Dans un monde marqué par des inégalités profondes et toujours croissantes, conséquence d'une mondialisation irresponsable et incontrôlée, le développement durable se devrait d'être une véritable béquille pour les pays les moins avancées. Pourquoi le développement durable ne serait-il pas le moteur d'une nouvelle mondialisation plus égalitaire et mieux organisé ?
Le concept de développement durable, comme le définit le rapport Brundtland de 1987, prévoie d'allier le social, l'économique et l'environnemental, dans le but de rendre le développement soutenable. Ainsi le schéma appris par des millions d'élèves à l'école :


Si le problème environnemental est préoccupant, l'essentiel est qu'il soit revenu sur le devant de la scène médiatique. Plus personne ne l'ignore. Le changement est en route.

Pour sa part, l'économique est le fait des politiques de l'environnement. L'économique tendant à surpasser toutes les autres préoccupations,

Demeure le social, troisième pilier, souvent oublié et négligé. Dans sa grande critique du capitalisme actuel, intitulé Le Capital du XXIème siècle, (dont vous trouverez un excellent résumé dans notre article : Eloge du pikettysme) Thomas Piketty met en évidence l'accroissement des inégalités. Celles-ci sont à deux niveaux : national et international. Le développement durable cherche à agir sur ces deux niveaux, avec une réussite limitée.
Sans s'étendre sur les politiques nationales de réduction des inégalités, très en vogue en France, mais qui ne résolvent strictement rien, l'étude des inégalités au niveau international montre bien que la ligne de fracture Nord/Sud est toujours bien vivace. L'Afrique demeure marginalisée, malgré son formidable potentiel démographique et ses ressources immenses. L'Asie est tirée par la Chine et l'Inde mais le niveau de bien-être de la population est encore loin de celle des Occidentaux. L'Amérique du Sud peine à s'accrocher au wagon de la croissance, notamment à cause de l'influence qu'exercent les Etats-Unis sur ce continent. Quoiqu'on dise, le monde occidental, démocratique, développé, post-industriel, bien qu'il traverse une crise identitaire, domine plus que jamais la planète. Il est plus que temps qu'elle s'investisse pleinement dans le développement du monde entier, en arrêtant de ménager ses intérêts personnels. Pourquoi pas à travers une intensification des actions du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), dont l'activité est aujourd'hui importante, mais loin d'être suffisante.





Finalement, dans la situation actuelle, très critique, qui nous interroge chacun, au plus profond de nous, notons que l'attitude des "Verts" est déplorable. En effet, le spectacle pitoyable offert par Europe Ecologie Les Verts ces derniers mois explique tout à fait le dédain des Français pour l'écologie. Il est déplorable qu'un sujet si important ait été pris en otage par des mouvances d'extrême-gauche, totalement incapables.


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