jeudi 5 novembre 2015

Pourquoi la politique intérieure israélienne est injuste et grave




Depuis plusieurs mois, les affrontements violents entre jeunes palestiniens et soldats israéliens ont repris, au point que certains observateurs n’hésitent pas à parler de “troisième Intifada”. Comment ne pas s’insurger devant la possibilité qu’il existe encore dans des pays développés, occidentalisés, démocratisés, des affrontements si graves et si injustes ?

Une répression disproportionnée


La réponse des Israéliens est tout à fait ridicule et sanguinaire : on leur lance des pierres, ils répliquent par des balles réelles. Une attaque au couteau ne pourrait-elle pas être empêché sans effusion de sang (notons inversement le comportement remarquable des CRS français qui maîtrisent à la perfection l’art de désarmer l’adversaire sans utiliser d’armes à feu) ? Est-il normal que les militaires, pourtant si entraînés de Tsahal, soient réduits à ouvrir le feu sur des enfants comme si c’était du gibier ? Chaque jour des Palestiniens meurent sous les balles d’une armée censée protéger les plus faibles, et personne ne s’insurge.









Je suis allé à Jérusalem et j’ai vu la vérité, celle que les médias israéliens, d’ailleurs largement répandus en Occident, nous cachent. Des gardes armées tous les cinquante mètres dans le quartier arabe de Jérusalem, mitraillettes au point et qui ne sont clairement pas venus faire de la figuration. Comment un Palestinien pourrait-il poignarder quelqu’un dans ces lieux ultra-sécurisés ? S’il voulait perdre la vie pour la cause palestinienne, se faire sauter dans un bus ne serait-il pas plus destructeur ?


La vérité, c’est que les Palestiniens sont à bout, et comment ne pourrions-nous pas les comprendre ? Des multiples check-points qui leur gâchent la vie jusqu’à cette horrible mur (dont le tracé est par ailleurs tout à fait absurde), en passant par les contrôles quasi-quotidiens au faciès dans les quartiers arabes et à proximité de l’Esplanade des Mosquées, les symboles de l’oppression israélienne sont omniprésents.

Des critiques de plus en plus récurrentes et insistantes


Le 4 octobre, une étape supplémentaire a été franchie dans la dénonciation de ces massacres lorsque le major général Herzl Halevi a déploré la politique tout à fait injuste et provocatrice du Premier ministre Benyamin Nétanyahou.





Car si la politique israélienne doit avoir un nom, c’est bien celui-ci. Chef du Likoud, parti ultra-nationaliste du Likoud, élu sur un programme de résistance face aux Palestinniens, Nétanyahou nous prouve chaque jour sa médiocrité dans la gestion intérieure de son pays. Alors qu’Israël a connu de nombreux grands dirigeants (qui osera critiquer le visionnaire David Ben Gurion, l’ingénieux général Moshe Dayan ou le courageux Yitzack Rabin, qui fut assassiné il y a exactement vingt ans pour ses tentative de négociations avec les Palestiniens par un nationaliste Juif, adepte idéologique des courants d’extrême droite aujourd’hui dans la coalition du Likoud ?), il est clair que Nétanyahou multiplie les erreurs.


Ainsi, le 21 octobre, il n’hésitait pas à affirmer que c’était le grand mufti de Jérusalem qui avait donné l’idée à Hitler d’exterminer les Juifs. Accuser les musulmans de la Shoah dans un contexte de troisième Intifada est-il judicieux ? Pas vraiment… Cette irresponsabilité a d’ailleurs été la cause d’un déchaînement inédit des critique et de moqueries de la part de toute l’itelligencia israélienne, des historiens aux intellectuels, à droite comme à gauche.


Même John Kerry a rappelé à l’ordre Israël lors d’une visite, c’est dire à quel point le climat est tendu pour que les Etats-Unis rappellent à l’ordre leur alliée historique.

La triste multiplication des provocations de l’extrême droite



Les critiques de Tsahal ont de quoi déstabiliser et remettre en question le gouvernement actuel sur sa politique. Mais celui-ci semble sourd et sa politique demeure infléchie. Les provocations des membres du Likoud se multiplient : brandiement d’un pistolet-mitrailleur par le ministre de l’Education Bennett dans un quartier palestinien très tendu proche de Jérusalem, visite regrettable d’Ouri Ariel sur l’Esplande des Mosquées (tiens, ça nous rappelle Ariel Sharon…).


En réalité, il y a peut-être pire que les provocations d’une extrême droite toujours plus radicale et inhumaine : le comportement des colons. Car si le problème israélo-palestinien est compliqué, c’est bien de leur faute ; mais apparemment, cela ne leur suffit pas et il faut qu’ils continuent à provoquer outrageusement les Palestiniens. Le simple terme de “colon” fait immédiatement référence aux tristesses de la colonisation européenne, véritable manifestation de l’impérialisme, aujourd’hui si regretté, et c’est la vérité : les colons sont le symbole du néo-impérialisme israélien. Ils contrôlent un pays qui ne leur appartient pas et le peuplent d’Israéliens afin de pouvoir l’annexer à terme. N’est-ce pas légèrement paradoxal qu’un pays démocratique qui se réclame des sacro-saints droits-de-l’homme se comportent ainsi ?


Fin juillet, des colons assassinaient un bébé de 18 mois et son père en mettant feu à leur maison dans le village cisjordanien de Douma.


N’est-ce pas une preuve suffisante de la cruauté des colons ? Israël ne devrait-elle pas stopper définitivement l’implantation de colonies en Cisjordanie, comme la communauté internationale le lui réclame depuis Oslo ? Il est plus que temps que le monde prenne ses responsabilités dans l’épineuse question palestinienne.

2 commentaires:

  1. Je me demande, Elie, si tu ne t'es pas laissé un peu emballer sur ce coup ! On sent bien ton "ressenti" de la visite en Israël de la Toussaint. Mais tu sembles occulter un certain de nombre de faits qui, de mon point de vue, rend ton argumentaire plus passionnel que factuel. j'adorerais te lire sur la situation de guerre permanente que vit Israël depuis 50 ans par exemple. Je crois que tu verrais alors que comparer l'intervention de CRS dans une manifestation de médecins ou de cheminots, ne nécessite pas la même approche que lorsque tu dois faire face à des personnes qui sont là pour te tuer. Je me suis rendu aussi en Israel un certain nombre de fois lors de ma précédente vie et je crois qu'on ne peut pas en faire une synthèse aussi simple (simpliste ?) que la tienne. Ne te méprends pas non plus sur mon "positionnement" dans ce conflit, je n'ai pas de camp et espère, comme tout un chacun, voir un jour se régler cette vilaine histoire. En revanche, je suis super prêt à lire tes billets concernant toutes les affaires de ce monde si tu les ponctues, le plus possible, d'une grosse couche d'objectivité !
    En tous cas, bravo pour ton blog, je deviens ce jour un nouveau lecteur !

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    1. Merci Jérôme pour cette critique, je comprends parfaitement.
      J'assume tout à fait mon manque d'objectivité, mais j'ai été vraiment révolté par le comportement des Israéliens. Néanmoins, je voudrai faire remarquer qu'en partant au début du voyage, j'étais pro-Israélien, pensant naïvement que les Palestiniens étaient des terroristes (ce que les médias européens veulent nous faire généralement croire). Au retour, j'étais pro-Palestinien... Pourquoi ?
      Je pense qu'une puissance comme Israël, Etat aux moyens sécuritaires très importants, et qui se réclame des droits de l'homme et de la démocratie, n'a pas le droit de traiter ainsi les minorités de son peuple. Ils se défendent d'être colonialiste, mais colonisent toujours plus la Cisjordanie. Ils refusent qu'on les étiquette d'extrême droite mais les gouvernements qui se succèdent depuis Rabin (à mes yeux, le dernier grand premier ministre israélien) usent abondamment de la propagande nationaliste. Ils se réclament de la laïcité mais pratiquent une discrimination ahurissante envers les musulmans. Ce régime est plein de contradiction.
      Le pire, pour moi, est qu'ils ne font rien pour améliorer la question palestinienne. Or c'est à eux de faire évoluer le conflit. Abbas, qui lutte courageusement contre les extrémistes présents au sein du Fatah, ne peut strictement rien faire car, malgré le soutien des pays arabes, il dispose de très peu de moyen. Je vais finir en te posant une question simple, qui à mes yeux est le nœud du problème : que penses-tu de Nétanyahou ?
      Et je vais probablement écrire un article plus historique sur le conflit où j'exposerai mes analyses sur la question et la responsabilité plus ou moins importante des deux camps. On en parlera

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