vendredi 18 décembre 2015

Conflit israélo-palestinien : les problèmes (1/2)


Depuis la reprise début octobre des violences entre Israéliens et Palestiniens dans les principaux points de tension que sont la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la poudrière de la bande de Gaza, le silence des puissances occidentales est assourdissant. Et c’est regrettable.

Mais ce conflit est loin d’être nouveau , ce qui rend la situation d’autant plus complexe. En fait, plusieurs points majeurs posent de graves problèmes et appellent une réponse rapide, efficace et juste. Ces problèmes sont de différentes natures, à des niveaux différents.






Le problème démographique. 
De fait, le taux de natalité des populations palestiniennes est largement supérieur à celui des Israéliens, qui ont majoritairement adopté le mode de vie occidental, et ont dont moins d'enfants. D’où à long terme une modification de la structure sociale en Israël, à la faveur des Palestiniens.
Ce déséquilibre démographique est très problématique pour les autorités israéliennes car il met en péril le projet du Grand Israël - ou du moins d'un État uniquement juif. Pour résorber l’écart croissant entre les naissances israéliennes et palestiniennes, les autorités religieuses juives ont revalorisé les juifs ultra-orthodoxes, qui ont pour fonction essentiel de procréer, et accessoirement de prier.


Le problème politique.
Comme j’ai cherché à l'exposer dans une critique de la politique intérieure israélienne menée par Nétanyahou, la grave situation que nous connaissons aujourd’hui découle d’une radicalisation politique, principalement le fait du Premier ministre d’extrême droite Nétanyahou. Si les négociations avec l’Autorité palestinienne sont aujourd’hui au point mort, c’est que les deux camps se sont radicalisés avec le temps, depuis la mort de Rabin en 1995. En témoigne la construction du mur séparant Israël et les Territoires palestiniens, qui rappelle étrangement le rideau de fer et constitue un véritable traumatisme pour les populations locales.


Le mur israélien, ici à proximité de Jérusalem.


Le problème stratégique. 
Il est clair que les États-Unis, alliés historiques d’ Israël, ne tiennent pas un rôle opportun. En réalité, les relations bilatérales sont même très tendues. De fait, la “doctrine du Caire” d’Obama, qui définissait sa stratégie au Moyen-Orient, prônait un rapprochement avec les pays arabes. Cette vision géopolitique, si elle était sûrement plein de bon sentiment (comme souvent avec Obama en fait), s’est heurtée à la réalité moyen-orientale : tels l’huile et l’eau, les pays arabes et Israël ne peuvent se mélanger. Principaux soutiens de l’OLP d’Arafat, les pays arabes de la région sont désormais alliés de l’Autorité palestinienne, qu’ils abreuvent de leur argent, plus pour se donner bonne conscience que pour essayer de vraiment trouver une solution.

En fait la vision d’Obama a presque perturbé l’équilibre ô combien fragile de la région. En voulant réduire son aide à Israël, le Président américain a dopé les efforts des pays arabes voisins qui ne désespèrent pas d’un jour détruire Israël : loin d’atténuer leur haine envers le voisin démocratique, l’affaiblissement relatif d’Israël ne résout rien, il met seulement en danger la survie du pays. De plus, la volonté américaine d’établir un Grand-Moyen Orient démocratique les a conduit à s’attaquer à l’Afghanistan puis l’Irak, remettant en cause la stabilité de la région. Je vous recommande au passage notre article sur la situation géopolitique moyen-orientale, où la complexité de cette région est analysée.



Le problème historique. 
Voici un court résumé historique qui explique en partie le conflit d'aujourd'hui, que je vous invite à approfondir à l'aide d'ouvrages spécifiques ou généraux d'histoire.

Dès la naissance d’Israël en 1947, les problèmes se sont multipliés, avec les pays arabes voisins et avec le peuple palestinien, qui a toujours refusé de vivre sous la domination israélienne. Les frontières établies en 1947, puis en 1967, ont le triste point commun d’être inadaptées à la réalité du terrain. Même les accords d’Oslo en 1993 n’ont permis de s’entendre sur des frontières consensuelles.
En 1995, alors que Rabin était au pouvoir, les négociations avec Arafat, leader charismatique de l'OLP allaient bon train, et l’espoir de conclure (enfin) un accord apportant une solution viable à la question palestinienne était réel. Mais Rabin fut assassiné par un militant d’extrême-droite, proche du Likoud.
Au passage, je vous conseille le nouveau film de d'Amos Gitaï, intitulé Le Dernier jour d'Ytzhak Rabin. Il y narre la funeste journée du 4 novembre 1995 et essaye de présenter le climat de tension qui a suivi cet assassinat et qui perdure toujours aujourd'hui.


Le réalisateur pose d'ailleurs un regard très lucide sur la situation de son pays dans un entretien pour Télérama :
"Aujourd'hui, le seul homme politique qui pose une alternative à Benyamin Netanyahou et à son gouvernement de droite dure est un homme mort : c'est Yitzhak Rabin."
Deux ans plus tard après cet évenement, Péres, successeur désigné de Rabin, avec qui les négociations avaient encore une chance d’aboutir, fut battu par Nétanyahou. Cette victoire était le fruit d’une terrible campagne de propagande de l’extrême-droite ultra-nationaliste qui avait réussi à créer un sentiment de terreur, favorable à la multiplication des attentats. Les Israéliens, terrifiés, crurent que Nétanyahou remettrait l’ordre et garantirait la sécurité intérieure, quitte à différer la résolution du problème palestinien. On voit où cela a mené aujourd’hui.



Le problème religieux


Dessin de Bleibel, Liban

C’est la principale contradiction du régime israélien. La déclaration d’indépendance, proclamé par Ben Gourion le 14 mai 1948, prévoit la création d’un État juif mais démocratique, qui assure "une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous les citoyens sans distinction de croyance, de race et de sexe". Force est de constater que cet idéal de tolérance et de laïcité, sur le modèle occidental, a connu de graves dérives...
Ainsi, comme le souligne la caricature ci-dessus, Nétanyahou n'a pas hésité il y a quelques années à chercher à faire voter une loi affirmant le caractère juif et démocratique de l'Etat d'Israël. Consternant !

Le fait est qu'il ne peut y avoir, à proprement parler, une démocratie juive, car la démocratie suppose une position de neutralité envers toute religion - ce qui d'ailleurs tient aussi pour la France. 
La question majeure est comment est-ce possible de concilier la vision sioniste, c'est-à-dire religieuse, et la volonté de créer un Etat laïc et démocratique ?
De ces deux conceptions, a priori antagonistes, il semblerait qu'aucune n'est pris le dessus. Pire encore, elles semblent s'être toutes les deux évanoui : Israël n'est ni démocratique, ni laïc.
Le religieux est omniprésent dans le débat public, et aucun processus de sécularisation ne semble engagé, tandis que l'utopie démocratique demanderait pour être atteinte une égalité réelle de traitement entre Israéliens et Palestiniens.


Le problème humain. 
Des milliers de morts palestiniens, des centaines de morts israéliens… C’est le bilan du conflit israélo-palestinien, conflit d'autant plus pénible qu'il est une sorte de guerre civile. Depuis la reprise des conflits, que certains observateurs ont appelé "intifada des couteaux", 117 Palestiniens  auraient perdu la vie, contre... 17 Israéliens.
Même les ONG israéliennes (!) commencent à dénoncer le déchaînement de violence dont la police israélienne peut être capable contre les Palestiniens. Ainsi Sarit Michaeli, porte-parole de l'organisation israélienne des droits de l'homme B'tselem, après la mort d'une adolescente ayant brandie... une paire de ciseaux et alors qu'elle était à terre fin novembre : 
« Ces adolescentes avaient 14 et 16 ans, elles auraient pu être maitrisées très facilement, dit-il. L’une avait une paire de ciseaux, l’autre n’avait aucune arme. Le policier a tué l’une d’entre elles et grièvement blessé l’autre. Tirer sur ces deux jeunes filles alors qu’elles ne représentent vraiment plus aucun danger est un exemple criant de ce qui se passe régulièrement dans les rues d’Israël, depuis plusieurs mois. »


Tous ces problèmes appellent évidemment une solution. J'en ai retenu trois, que je vous partage dans un prochain article : deux Etats, un Etat binational et une fédération proche-orientale.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire