dimanche 20 décembre 2015

Conflit israélo-palestinien : les solutions (2/2)

Trois solutions majeures aux problèmes que j'ai étudiés dans la première partie de l'article Les problèmes (1/2), s’offrent à nous, avec leurs avantages et leurs limites respectives.

Un point est certain : ces solutions ne sont réalisables qu’à condition que les deux parties décident de se préoccuper non plus de leurs intérêts personnels (électoraux), mais qu’ils embrassent le problème avec une vision courageuse, sur le long terme. De mon point de vue, Nétanyahou n’en est pas capable. C’est plus compliqué pour Abbas. 

Nétanyahou et Abbas, une poignée de main tout sauf cordiale




Les deux États

Longtemps considérée comme la solution la plus probable et la plus évidente, elle consiste en la séparation en deux de l’État d’Israël. 

Tandis qu’Israël conserverait son territoire actuel, la Palestine aurait une souveraineté totale sur ses territoires, à savoir la bande de Gaza et la Cisjordanie. Il est important d'insister sur le total, puisque les accords d’Oslo prévoyaient déjà un partage de cette manière mais la réalité n’a pas suivi : la Cisjordanie n’a jamais été vraiment évacué par Tsahal.

C'est la solution envisagée par la diplomatie française qui écrit sur son site officiel dans un article très intéressant pour comprendre la position française : "La solution de deux Etats est celle qui permet de répondre aux aspirations nationales des Israéliens et des Palestiniens".
Notons aussi qu'elle milite pour que Jérusalem devienne la capitale de ces deux Etats : "Dans l’attente d’un règlement négocié du conflit et en vertu de la légalité internationale, la France ne reconnaît aucune souveraineté sur Jérusalem. Elle appelle à l’apaisement des tensions et en particulier au respect du statu quo sur les Lieux Saints. Toute remise en cause du statu quo serait porteuse de risques de déstabilisation importants"


Plusieurs points de cette solution demeurent problématiques.

Tout d’abord, le statut de Jérusalem est un point de divergence historique. De fait, la ville céleste concentre les antagonistes, du fait qu’elle est revendiquée par les trois religions monothéistes. Ainsi, Israéliens et Palestiniens souhaiteraient installer leur capital respective dans cette ville, non pas pour sa puissance économique qui est très limitée, ni pour sa situation géographique, mais bien pour la portée hautement symbolique du lieu. Cette difficulté pourrait être surmonté dans le cas où elle acquérait un statut international. Concrètement, cela signifie qu’aucun des deux États ne seraient souverain sur cette ville. Si il n’existe aucun autre exemple sur la planète pour attester de la réussite ou de l’échec d’une pareille mesure, un statut de ville internationale est préconisé par nombre d’experts.

De plus, cette solution impliquerait la fermeture des colonies israéliennes implantées en Cisjordanie, sous peine d’engendrer de nouveaux affrontements et de ne pas sortir de ce conflit. Le problème réside dans le fait que depuis des années et dans une optique purement colonisatrice, la politique de Nétanyahou est plus au développement des colonies, qu’au démantèlement de celle-ci. Ainsi la technique de la “peau de léopard” a abouti à cette carte de la Cisjordanie, où les colonies sont en orange... 




En fait, l’existence de colonies est l’un des enjeux majeurs des négociations. Or aussi bien du côté d’Abbas que de Nétanayhou, les discussions sont au point mort, les deux protagonistes refusant de céder un pouce à l’autre. C’est très regrettable quand on pense que seule la méthode des “petits pas” (une concession sans contrepartie apparente du premier, impliquant une autre du second, ainsi de suite…) permettra de trouver une solution viable. 

A la Knesset, le parlement israélien, un seul parti est favorable à cette solution des deux Etats : le Meretz, parti pacifique, socialiste et laïc, très axé sur la défense des droits de l'homme. Cependant, il est vraisemblablement sur le déclin depuis quelques années : ils n'ont obtenu que cinq députés lors des élections générales 2015. 


La séparation de la Palestine en deux États serait en réalité un simple retour aux plans de partage jamais acceptés et appliqués par les Israéliens



Un Etat-binational

Cette solution a le mérite d’être plus original et de résoudre les problèmes que posent le partage des territoires dans la solution des deux États. Il s’agirait de faire cohabiter Palestiniens et Israéliens dans un “Grand Israël”. Mais alors quelle différence avec la situation actuelle ? pourrait on se demander.

Il faut savoir déjà que un des points de tensions de ce conflit est celui de la discrimination envers les Palestiniens. Ces derniers sont exclus du service militaire. Or de nombreuses professions nécessitent à l’embauche de présenter un certificat de validation du service militaire, ce qui exclut de facto les Palestiniens. Sans vouloir abuser de ce rapprochement, ces mesures d’exclusion sont inacceptables de la part d’un pays dont les ancêtres ont subis les lois nazies de Nuremberg en 1935, qui excluaient les juifs de centaines de professions. Donc, dans un État binational, tous les citoyens, - juifs, musulmans, chrétiens et agnostiques - devront avoir les mêmes droits. Israël est-il capable d’intégrer les Palestiniens, un peuple qu’il combat depuis sa création ?

Notons qu’aujourd’hui, il existe un lobby palestinien à la Knesset, ce qui prouve que cette intégration n’est pas impossible. D’autant plus qu’Israël est à la base un État très démocratique laissant de nombreux moyens à ses citoyens de s’exprimer. La vie politique est multipartisane, et un parti palestinien représente les Arabes israéliens à la Knesset tout citoyen a le droit de déposer un recours devant la Cour suprême - qui fonctionne peu ou prou comme sa comparse américaine.

Un autre élément qui nous permet d’espérer est bien que l’enseignement respectif de l’arabe aux Israéliens et de l’hébreu aux Palestiniens est en plein expansion, comme un symbole de rapprochement, ou au moins de dialogue entre les deux peuples. 


Malgré tous ces points d’espoir, le ressentiment est encore très fort chez les deux peuples. La guerre qui dure depuis 70 ans marque très profondément tous les habitants d’Israël et de Palestine. Remarquons que les principales attaques au couteau de l’actuelle vague de violence sont souvent le fait d’adolescents de moins de 25 ans, comme si ces derniers s’étaient (déjà) appropriés ce conflit. Même d’un point de vue culturel, alors que les Palestiniens ont conservé des moeurs arabes, les Israéliens se sont malheureusement occidentalisés.


Une grande fédération

Cette idée peut paraître incongrue au départ. Des Etats-Unis du Proche-Orient ? Pourtant, c'est celle que préconise deux spécialistes du Moyen-Orient, le Juif Théo Klein, avocat et ancien président du Crif, et le chrétien Antoine Sfeir, journaliste et politologue franco-libanais. Ils expriment leurs idées respectives dans un ouvrage d'entretiens et de débats intitulé Israël survivra-t-il ?, excellente introduction à l'histoire du Proche-Orient depuis la naissance du sionisme. Toutes les citations qui suivent en sont tirés.

Les deux spécialistes du conflit israélo-palestinien caressent deux utopies, quelque peu déconnectées de la réalité actuelle - ce qu'ils reconnaissent - mais qui pourraient aboutir, selon eux, en cas d'émergence d'un nouvel homme fort, courageux et lucide. Un nouveau Rabin ou un nouveau Moshe Dayan, en somme.

Le général israélien Moshe Dayan.


Klein propose une fédération incluant Israël, la Palestine et la Jordanie, puisque celle-ci fait parti de la Grande Palestine. Selon lui, cette fédération permettrait aux différents peuples de se compléter pacifiquement. Il affirme qu'il s'inscrit dans la lignée de Ben Gourion, le fondateur d'Israël, qui avait envisagé "un Etat où les Juifs seraient majoritaires, et une représentation territoriale où les Arabes seraient majoritaires".

Sfeir veut y inclure la Syrie, le Liban voire l'Egypte dans ce qu'il nomme "l'Union du Levant" Ce serait un ensemble majoritairement arabe où Israël assurerait la protection des minorités juives, catholiques, orthodoxes et coptes, finalement peu différents de la "Grande Syrie". "Une sorte de Benelux élargi, un Levant un cinq" explique-t-il. Il ajoute "qu'entre la technologie israélienne, le savoir-faire palestinien, la profondeur territoriale jordanienne, l'infrastructure industrielle syrienne et la débrouillardise des Libanais dans le domaine des services, cette toute petite région pourrait devenir puissante et faire peur au monde". 

Les deux spécialistes demeurent lucides sur la complexité de la situation et les difficultés que comportent une telle solution.
Klein s'interroge ainsi : "Une telle solution est-elle possible ? Le roi de Jordanie accepterait-il ? Les Palestiniens accepteraient-ils ? Les Israéliens, j'en suis persuadé, auraient du mal à l'accepter, mais pourrait s'y résoudre" Ils reconnaissent tout de même que la tendance est plus à l'isolement, au renfermement des pays arabes sur eux-même.
En fait cette solution a le mérite d'éloigner durablement le risque de reprise du conflit israélo-arabe. Car il est malheureusement fort possible que les solutions de l'Etat binational comme celle des deux Etats débouche sur une courte accalmie qui cacherait une nouvelle tempête...
Une utopie en somme ? Peut-être mais une utopie utile.
"Quoiqu'il en soit, c'est probablement dans des solutions de ce genre que réside et s'inscrit l'avenir positif d'Israël. Si l'on ne va pas vers cet avenir, si l'on reste un ghetto fermé, alors il est bien difficile de savoir ce qui se passera. [...] Mais il est possible que seules subsistent quelques communautés religieuses isolées." Théo Klein
Pour les deux experts, c'est l'avenir de la région tout entière qui est en jeu. Il l'exprime ainsi :
"Nous sommes les témoins d'une période de destruction de la région. Et nous évoquons malgré tout entre nous des rêves constructifs. Mais en définitive, les rêves les plus fous ne sont-ils pas les seuls réalisables ? Je rappelle que l'Union européenne a commencé par une poignée de main entre de Gaulle et Adenauer ; elle a failli avoir lieu entre Moshe Dayan [général de Tsahal très influent dans les années 1970-80, vainqueur de la Guerre des Six-Jours, très ouvert au dialogue avec les pays arabes voisins] et Nasser." Antoine Sfeir

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire