jeudi 24 décembre 2015

Que penser des "prévisions improbables" de Saxo Bank pour 2016 ? (1/2)

L'année écoulée, Saxo Bank a estimé probable le risque de "Brexit" en 2017
Chaque année, à l'approche des fêtes, le service économique de la banque d'investissement Saxo Bank livre son rapport intitulé à juste titre Outrageous Predictions. Comme son nom l'indique, il s'agit d'une liste de dix événements chocs, mais tout à fait possibles, voire probables, qui pourraient bousculer l'économie mondiale. Ce sont, en quelque sorte, des prévisions improbables (folkloriques) d'événements probables. Pourtant vulgarisateur, ce rapport est très mal connu du grand public.


Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce rapport n'est pas uniquement fait pour "amuser la galerie", mais aussi pour imposer un électrochoc aux marchés financiers, qui ont parfois tendance à oublier le risque permanent d'explosion de bulle. En général, un tiers des prédictions s'est réalisé; en 2015 (rapport disponible ici), Saxo Bank avait prévu, entre autres : l'éviction de Mario Monti à la tête de la Banque Centrale Européenne (BCE), un pic de l'inflation japonaise à 5% (l'inverse s'est produit), un effondrement du marché des achats en ligne sous l'impact de virus informatiques, etc. mais aussi une dévaluation du yuan de 20% (qui s'est produite), une parité 1€=1$ (actuellement 1,07$). Alors, que penser des prédictions pour 2016 (disponibles ici) ? Est-on réellement, comme le dit Steen Jakobsen, "à la fin du paradigme qui a régi les marchés financiers depuis la gestion de la crise de 2008, celui du quantitative easing (politique menée par les banques centrales, qui consiste à racheter des bons de dette aux marchés financiers, et à injecter ainsi de l'argent frais dans les marchés, ndlr)" ?

1. La remontée de l'euro à 1,23 US$     Probable

Cette prédiction peut paraître relativement banale, car c'était le cours en vigueur il y a quelques mois. Cependant, celle-ci s'oppose aux politiques actuelles des banques centrales de la zone euro, et des Etats-Unis (respectivement la BCE et la Fed). La première a décidé de poursuivre sa politique accommodante, constituée d'un taux directeur bas (-0,30%: les banques doivent payer pour déposer de l'argent) et de quantitative easing, tandis que la seconde, en la personne de Janet Yellen, vient de restreindre sa politique monétaire. En toute logique, cela devrait faire encore monter le dollar face à l'euro. Cependant, il semble que l'euro puisse difficilement descendre plus bas: alors que la croissance américaine s'apprête à passer sous les 2%, celle de la zone euro franchit les 1%. Par ailleurs, la balance commerciale européenne est particulièrement excédentaire (c'est-à-dire que la zone euro exporte beaucoup plus qu'elle importe). Cela devrait donc faire monter l'euro. Enfin, l'énorme bilan de la Fed, et l'ampleur de la dette américaine (110,6% du PIB), pourraient bien fragiliser le dollar.
Une baisse supplémentaire de l'euro paraît improbable; le taux se stabilisera certainement entre 1,07$ pour un euro, et 1,30$ pour un euro.

2. Le ratio rouble/US $ augmente de 20% d'ici à la fin de 2016 et 6. Le baril de Brent remonte à 100 US$    Peu probable

A la suite des sanctions européennes et américaines, et de la chute du prix du baril de Brent (cours de référence), l'économie russe s'est effondrée; son PIB devrait diminuer de 3,7% à 3,8% en 2015. Le rouble avait, par voie de conséquence, dévissé jusqu'à atteindre 71 US$ pour un rouble. Les deux questions sont en fait liées. Ici, Saxo Bank imagine un accord de l'Opep (principaux pays en développement producteurs de pétrole) visant à réduire la production, par une instauration concrète de quotas. La deuxième hypothèse de Saxo Bank est une levée des sanctions économiques à l'encontre de la Russie, qui, elle, est assez probable.
Cependant, rien ne garantit une remontée importante du cours du pétrole, qui, certes, ne peut plus descendre beaucoup plus bas. La Russie poursuit son exploration du sous-sol arctique, toujours plus au nord, dans des conditions extrêmes, par l'intermédiaire de sa compagnie nationale Gazprom. L'État islamique ne progresse plus, et une éventuelle déroute des islamistes ouvrirait l'accès aux champs pétrolifères en Syrie et surtout en Irak. Aucun pays ne semble disposé à restreindre sa production, sur le principe: Les autres d'abord. L'industrie pétrolière risque d'entrer dans un cercle vicieux, en produisant toujours plus pour compenser des marges très faibles.

3. Les "licornes de la Sillicon Valley" redescendent sur Terre  Très probable

Les "licornes", ce sont ces anciennes start-up qui valent maintenant plus d'un milliard de dollars, en termes de capitalisation boursière, par exemple Uber, Snapchat, Airbnb, etc. Saxo Bank affirme ce que beaucoup d'analystes pensent tout bas, c'est-à-dire que les "licornes" forment une bulle financière énorme, peut-être comparable à la première bulle Internet, qui éclata en 2001. Pour exemple, Uber est valorisé à plus de 60 milliards de dollars, pour "à peine" 10 milliards de dollars de chiffre d'affaire. Souvent, ces "licornes" se révèlent trop gourmandes lors de leur introduction en Bourse, et leur action chute immédiatement. Il est très probable que l'atterrissage se fasse en relative douceur, mais l'éclatement brutal de la bulle n'est pas à exclure.

4. Le Brésil sort de la récession grâce aux Jeux Olympiques  Possible

Le Brésil, important producteur de pétrole, s'est enfoncé dans la récession en 2015, qui pourrait voir la variation du PIB atteindre -4,5%. La corruption mine l'économie brésilienne, et la présidence de Dilma Rousseff est plus fragile que jamais; récemment, une procédure d'impeachment a visé Mme Rousseff, à l'initiative du juge Eduardo Cunha, qui l'accuse d'avoir maquillé les comptes publics en 2013, un an avant sa réélection. Dilma Rousseff aurait retardé des débits dans le budget 2013 en contractant des emprunts non déclarés. Quelle que soit l'issue de ce scandale, le gouvernement reste paralysé; selon le quotidien Solha de Sao Paulo, la présidente brésilienne semble presque soulagée de cette longue procédure, qui justifierait le statu quo économique actuel.
Il est certain que les JO de Rio auront un effet bénéfique sur la croissance brésilienne, mais ce n'est pas sûr que cela parviendra à effacer la récession déjà engagée. Le regain de croissance, dû à la construction d'infrastructures majeures, et à l'attractivité que suscitent les Jeux Olympiques, risque de se fracasser contre la corruption, et le faible coût du baril de Brent. Une configuration idéale, combinant faible performance des actifs américains (les investisseurs se rabattraient sur le Brésil), hausse du cours du pétrole, et succès des Jeux Olympiques, reste envisageable.

Suite après Noël. Bonnes fêtes !

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