lundi 7 décembre 2015

Répondre à l'inégalité par l'inégalité ou la politique de l'erreur (3/3)



Retrouver le sens de l’impôt (3/3)



« L’impôt sur le revenu français est un fromage plein de trous qui ne rapportent presque plus rien. Rajouter une tranche supplémentaire, c’est mettre un cautère sur une jambe de bois. C’est toute notre fiscalité qu’il faut rebâtir. Mais sur quels principes? Avec quels objectifs? Un sujet idéal pour une présidentielle. » Encore une fois, Eric Zemmour cerne la question à laquelle il nous faut répondre pour éclairer le débat et trouver des solutions : à quoi l’impôt doit-il servir?




Deux réponses, présentes dans les différents systèmes d’imposition que nous avons évoqués, s’offrent alors à nous. La première: l’impôt est un outil purement politique qui a pour objectif de lutter contre les inégalités. Une autre réponse paraît évidente : c’est un outil fiscal qui permet de financer les dépenses de l’Etat. Si les deux réponses ne peuvent se compléter, c’est que l’impôt progressif ne le permet pas. Il est clair qu’aujourd’hui, l’Etat prône un impôt progressif, tel que l’ISR, pour réduire en priorité les inégalités et ne parvient donc pas à financer ses dépenses par la même occasion. Le problème, c’est qu’en plus de laisser passer son unique chance de percevoir un revenu, il ne réussit pas à répondre aux inégalités et, pire, il en crée de nouvelles. Il ne parvient qu’à peine à atténuer les différences de richesse qui existent entre les plus riches et les plus pauvres.


        Mais le dilemme auquel l’Etat fait face, il faut le reconnaître, est de taille. Réussir à améliorer le bien-être des personnes les moins bien rémunérées sans toucher à celui de celles qui ne se plaignent pas est une tâche des plus complexes. Face à cela, deux possibilités s’offrent à vous : soit vous touchez à leurs dépenses, soit vous touchez à leur revenu. Soit vous réduisez, là vous le pouvez, l’argent qu’elles devraient dépenser en le faisant payer par d’autres, soit vous cherchez un moyen d’augmenter l’argent qu’elles touchent, sans atteindre les autres agents économiques concernés. Guidé depuis mai 68 par une fatalité mystérieuse, le gouvernement a pris la première option. Il a choisi de faire payer aux riches, haïs de la société, le prix de son incompétence. Il a donc créé cette petite inégalité pour résoudre la grande inégalité, boulet de notre passé que traînera éternellement notre économie. L’impôt progressif ne se concentre que sur les primes d’activité et privilégie, encore une fois, le pouvoir d’achat sur le revenu. Nous repoussons sans cesse la question de l’emploi pour ne nous intéresser qu’aux débouchés que permettent les revenus de cet emploi. Nous luttons contre des conséquences sans essayer d’en comprendre les causes. Nous n’osons couper l’arbre des inégalités à sa racine car la solidarité nous aveugle.




« Une nation qui espère prospérer grâce à l’impôt 
est comme un homme debout dans un seau 
qui essaie de se soulever par la poignée »,
Winston Churchill.




       Il est évident qu’un système de fiscalité progressif ne parviendra pas suffisamment à réduire les inégalités sur le long terme. Pourtant, c’était son objectif principal, puisque les recettes qu’il procure à l’Etat sont très insuffisantes. Ainsi, quelle que soit la fonction que l’on donne à l’impôt, le système progressif n’y répondra pas comme il faut. D’un autre côté, l’outil fiscal de l’impôt, à savoir financer les dépenses de l’Etat, est parfaitement rempli par le système proportionnel. En effet, en 2015, la CSG et la TVA ont rapporté respectivement 90 et 139,3 milliards d’euros. Cet argent, l’Etat peut l’utiliser pour réduire les inégalités qu’il souhaite et il sera très efficace. Mais pour cela, il doit faire de l’impôt un outil purement fiscal, dénué de toute intention sociale, s’il veut que ses recettes soient élevées.

L’impôt progressif est discriminatoire, injuste et inefficace. En violant la propriété privée des plus riches et de plus en plus celle des classes moyennes, il crée une inégalité qu’il pensait provisoire, mais qui demeure. Cet effort, qui plus est, ne résout rien et voue notre société au déclin et à la pauvreté être riche est mal perçu, voire puni. L’impôt que subissent les Français perd aujourd’hui son sens : tantôt il cherche désespérément à lutter contre les inégalités tout en sachant que le système, inéquitable en lui-même, fait obstacle, tantôt il se justifie par le financement des dépenses d’un Etat bienfaisant, sachant pertinemment qu’une fiscalité progressive ne le permettra pas longtemps.






Nous sommes dans l’erreur et il est temps de nous en rendre compte. Pour cela, il faut retrouver le sens de l’impôt. Les inégalités ne peuvent pas se résoudre par le biais de l’impôt, car l’impôt s’effectue déjà à partir de revenus différents. Bien-sûr qu’il faut lutter contre les inégalités que connaît notre société, mais il ne faut pas le faire au nom d’une jalousie ou d’une vengeance. Ne cherchons pas à ralentir injustement le coureur qui court plus vite que les autres. Notre objectif doit être d’entraîner les autres et leur permettre de le rattraper. On ne peut exiger de la société qu’elle soit égale, mais on peut lutter pour qu’elle soit juste. Nous devons lutter pour qu’elle soit juste.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire