vendredi 4 décembre 2015

Réquisitoire contre le FN

Dédicace spéciale à Elie Collin.
Dimanche prochain ont lieu les élections régionales. Si celles-ci ne conditionnent pas l'avenir de la France - Dieu merci -, l'importance de la "vague Front national" consacrera, ou non, la première place du parti de Marine Le Pen dans le paysage politique français. Si les sondages, tous plus alarmants les uns que les autres, se confirment, la situation sera inédite. Cependant, il ne faut pas céder aux sirènes du FN, pour les raisons suivantes:

1. L'abjecte personnalité de Marine Le Pen: Mme Le Pen s'est construit une nouvelle vie, celle de la petite mère des peuples, pauvre enfant issu du prolétariat descendu sur Terre pour défendre la majorité silencieuse. Que d'hypocrisie dans la dénonciation de la classe dirigeante, de "l'élite pro-européenne", et du système UMPS ! Elle a vécu dans la luxueuse résidence de Montretout, qui appartient à son père, est allée au lycée à Saint-Cloud, puis a étudié à Assas: quel parcours atypique, quelle self-made-woman, défendant les intérêts des ouvriers face aux immigrés ! C'est le propre des totalitarismes et des partis sans idées (au lecteur de choisir) de se réclamer tout le temps de la majorité silencieuse, du "peuple" (selon Condorcet, la notion même de peuple n'a pas de sens).

L'avenir de la France incarné
2. L'exacerbation du "moi avant l'autre": l'idéologie du FN, si idéologie il y a, est répugnante. Comment ne pas désespérer quand Marine Le Pen désigne en permanence l'ennemi, que ce soit le réfugié, l'immigré, l'entreprise, la finance, les États-Unis, etc ? Cette leçon n'est-elle pas sénilisante ? N'est-ce pas la négation de l'être humain, de la responsabilité, de l'État et de l'individu: puis-je accuser l'autre quand je suis maître de mon destin ? Par le marasme économique, par le manque de grandeur de nos politiques, la France a perdu foi en sa force, en son intelligence et dans les valeurs qui la fondent. Doit-on pour autant se rassurer comme on peut, en se barricadant, en oubliant les principes fondateurs de la Nation et de la République ? La France ne fait-elle pas son devoir a minima en accueillant trente deux mille réfugiés en deux ans, en moyenne un par commune, alors que le Liban en accueille actuellement 1,5 millions, et l'Allemagne 800000 en un an ? Le FN utilise l'affirmation d'un égoïsme national, conséquence directe d'une vague angoisse, qui se fixe sur l'exogène, sur ce qui n'est pas moi.
Le programme du parti de Mme Le Pen n'est fait que de propositions sur le mode négatif: sortir de l'euro, arrêter l'immigration, taxer les plus riches (déjà peu épargnés par Hollande et Sarkozy). N'est-ce pas le signe direct d'un manque de vision d'avenir ? La crispation sur l'identité nationale découle directement de ce manque de confiance: le Front National est l'incarnation du fatalisme, du déclinisme, et de ce manque d'orgueil et d'ambition franco-français. L'identité nationale forte est celle qui dépasse l'ethnie, la religion, le parti, mais se fonde sur les valeurs communes de l'amour de la nation et du vivre-ensemble. Les grands dirigeants du XXème et du XXIème siècles (Wilson, Briand, Churchill, Eisenhower, De Gaulle, Kohl, Merkel) ont toujours su faire preuve de volontarisme et ont méprisé le repli sur soi.

3. La question clé de l'immigration: fer de lance du FN, le sujet de l'immigration est en train d'émerger dans la campagne, quand bien même les régions ne pourront strictement rien changer, malgré tous les discours de Mme Le Pen. C'est le symbole de cet Occident qui, ayant acquis un certain niveau de développement, se ferme. Ce que les politiques n'osent plus dire, à cause de la sensibilité du sujet, c'est que nous sommes déjà au niveau de la borne inférieure, dans le système capitaliste libéral. Le flux "brut" représente deux cent mille personnes par an, soit 0,33% de la population totale. En comptant les retours, par exemple, d'étudiants qui ont fini leurs études, on parvient à soixante mille immigrés par an; un chiffre pas vraiment étouffant.
Une libre-circulation économique présuppose une libre-circulation humaine. Le mythe de la France paradis des immigrés économiques a fait long feu: Qui viendrait dans un pays d'accueil, après avoir souffert les privations, la guerre ou la famine, pour toucher des aides sociales, qui ne sont pas dans les moeurs politiques des pays fuis ? Les migrants syriens ne se pressent pas pour venir en France, au point que des fonctionnaires ont été envoyés à Munich pour faire venir des migrants. Un tiers d'entre eux est même reparti en Allemagne ! De nombreuses études quant aux coûts de l'immigration ont conclu que le bilan était quasi nul (légèrement positif ou négatif pour chaque étude). En fait, le problème se situe plutôt au niveau de l'intégration: curieusement, le FN ne propose rien sur ce point, considérant avec un faux angélisme qu'une politique numéraire suffira.

4. Le programme économique désastreux: malgré les récentes inflexions qui édulcorent et rendent insipides les mesures économiques du FN, celles-ci font preuve d'un étatisme qu'on ne retrouve que chez Mélenchon et consorts. De même que la ligne idéologique globale du FN fait la part belle au passif face à l'actif, les propositions de Marine Le Pen sont toutes du même ordre: augmentation des impôts pour les plus aisés, augmentation des salaires, taxation des entreprises... sans chiffres avancés (il ne faut quand même pas en demander trop !). Par exemple, Pierre Gattaz, le patron du Medef, a déclaré récemment: "Extrême droite, extrême gauche, c'est la même chose: Mélenchon-Le Pen, même combat". Tous les libéraux devraient s'effaroucher de ce programme; par ailleurs, comment peut-on vanter les bienfaits du libéralisme, et s'opposer à une ébauche de libre-circulation ?

Ne votez pas FN. Ce parti, dont les candidats sont choisis à la pelle parmi les pires figures de l'extrême droite (cf. Robert Ménard), ne mérite pas d'accéder au pouvoir. Avant de céder à l'instinct de repli sur soi et à l'égoïsme, qui guettent au fond de notre conscience, réfléchissons.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire