samedi 23 janvier 2016

Le mensonge Sarkozy

"J'ai abaissé la fonction présidentielle" C'est sûrement le seul aveu sincère de Nicolas Sarkozy qu'il livre dans son dernier livre La France pour la vie, qui parait lundi prochain chez Plon. C'est aussi la justification de ce livre, sa raison d'être. Ou plutôt sa raison de ne pas être. Jamais un Président de la Vème République ne s'était livré à un tel reniement de son bilan quinquennal. Jamais un ancien homme n'avait développé tant de mensonge et d'hypocrisie.



Une pitoyable auto-flagellation

Fidèle à sa tradition de révolutionnaire de droite - oxymore -, Sarkozy bouleverse une fois de plus la vie politique française. En 260 petites pages, Sarkozy renie tout son quinquennat et admet la médiocrité dont il a fait preuve durant cinq ans. A propos du "casse-toi pauvre con", "Une bêtise que je regrette". Pour le séjour sur le yacht de Vincent Bolloré après son élection : "une erreur de jugement incontestable". Au sujet de l'immigration : "j'aurais dû en faire davantage". Quant aux 35 heures, "j'aurais dû en faire davantage". Enfin pourrait-on soupirer avec un ouf de soulagement. Mais l'usage répété du conditionnel passé n'en fait pas un saint. Pire, en reconnaissant ses erreurs, Sarkozy nous montre une fois de plus son incompétence. Pourquoi ne l'as-tu pas fait alors ? Pourquoi n'as-tu pas appliqué le programme pour lequel tu avais été élu ? a-t-on envie de lui demander! Une fois de plus, Sarkozy se moque des Français, mais cette fois sur un nouveau mode : l'autoflagellation.
Ce retournement inattendu mais stratégique est d'autant plus malhonnête qu'il y a encore quelques mois il défendait son bilan et affirmait qu'il avait tenu toutes ses promesses de campagne de 2007, ce qui provoquait les moqueries du Petit Journal :


En somme, Sarkozy ment effrontément aux Français : une personne qui affirme quelque chose une fois, puis se renie est soit un menteur, soit Saint Pierre. Concernant notre ancien Président, je pencherai pour la première option. 
On pourrait encore tolérer tant de ridicule de la part d'un homme qui cinq ans durant incarna la République, si ce livre n'avait pas pour unique but de remettre ça en 2017. Sarkozy remet à la mode une vieille recette politicienne : admettre le passé, en faire table rase pour se relancer. Espérons que les Français ne tomberont pas dans le piège.

"Une personne qui affirme quelque chose une fois, puis se renie est soit un menteur, soit Saint Pierre. Concernant Sarkozy, je pencherai pour la première option."


La fuite en avant devant la médiocrité de son bilan n'est pas la solution.

Il est très difficile de défendre le bilan sarkozyste. Sur le plan de la croissance, ses sympathisants accusent la crise d'avoir empêché le Président de restaurer le pouvoir d'achat des Français. Sur le plan de l'immigration, Sarkozy se pose en visionnaire : "j'ai eu raison avant l'heure". Rappelons que l'immigration n'a cessé d'augmenter lors de son quinquennat. Sur le temps de travail, il n'a pas supprimé les 35 heures sous la pression des syndicats, malgré ses éternelles promesses.
Soyons juste avec lui : il fit une réforme des retraites. Bravo! Cela aurait pu suffire à certains si seulement cette réforme n'avait pas été bâclée et insuffisante.
Plus que tout autre reniement, celui qui passe le plus mal concerne le mariage gay. L'évolution de sa position sur le sujet montre le peu de crédit qu'on peut lui accorder. Il y a un an, devant les militants de Sens Commun, l'ancien président de la République se déclarait favorable à l'abrogation de la loi Taubira. Dans La France pour la vie, il se parjure et écrit : 
«Il ne sera pas question de démarier les mariés et de revenir en arrière. J'avais pensé à l'époque que les ambiguïtés de la loi Taubira sur certains points imposeraient une nouvelle rédaction. A la réflexion, je crois que le remède serait pire que le mal...»
Terrible désillusion. La fuite en avant en politique semble malheureusement toujours d'actualité. Pourquoi ce revirement ? Parce que la proposition n'était pas populaire. On touche ici au fond de la personnalité de Nicolas Sarkozy. Seule la gloire immédiate lui importe. Le courage, l'abnégation, le combat ? Il ne connaît pas. Son besoin viscéral d'affection de la part des Français en fait un opportuniste. Déplorable.
Louis Manaranche l'explique remarquablement bien dans un article pour le Figaro Vox intitulé Nicolas Sarkozy et le mariage pour tous : le discrédit de la parole politique : 
"Lorsque l'on se dédit en deux phrases sur la réécriture d'une loi dont on a dit avec insistance le mal que l'on en pensait, on contribue puissamment au discrédit de la parole politique. On déçoit ceux pour qui la promesse passée semblait enfin coïncider avec une vision de la société qui les mettait en marche. Mais on fait pire. On jette le discrédit sur tout ce que l'on pourra dire dans une campagne. Et l'on porte un nouveau coup, par anticipation, à la fonction présidentielle."
L'opportunisme dont fait preuve l'ex-Président est d'ailleurs la raison de son retour. Quelle crédibilité peut-on accorder à un homme qui annonce son retrait en 2012 après une défaite puis revient quelques années après, l'appel du pouvoir étant devenue trop fort ? En cela, Sarkozy dépasse le maître de l'opportunisme, Jacques Chirac. Les propos de Sarkozy sur son prédécesseur serait d’ailleurs comique si la situation politique de la France n'était pas aussi déplorable :
"J'ai admiré l'énergie [de Chirac], sa force, son allure, sa façon de dévorer la vie. Je lui dois beaucoup aussi. Je ne me serais jamais engagé en politique sans lui. [...] J'ai moins aimé et c'est ce qui a expliqué mon éloignement, sa propension à changer de discours et de convictions" Quelle hypocrisie!
Qui de Sarkozy ou de Chirac fut le plus opportuniste ? Le premier, au vu de son dernier livre.

Et le pire c'est que ça va marcher...

Le journal belge De Morgen intitulait un article sur le sujet "Il n’y a plus que Sarko pour croire en Sarko" et affirmait en substance que La France pour la vie était un ouvrage que personne ne lirait, signé par un président que personne n’avait envie de voir revenir. J'aimerais y croire. Mais malheureusement, je ne le pense pas.

120 000 exemplaires de La France pour la vie auraient été tirés. Autant dire que Sarkozy joue gros. Ce livre peut être le tremplin pour les primaires, ou bien il signera son arrêt de mort si c'est un échec. Le Figaro a tout mis en oeuvre pour que la première option se réalise. Il était connu que Le Figaro aimait Sarkozy. Mais jamais le journal n'avait été à ce point Sarko-béat !
Dans l'édition d'hier, il fut la Pravda de Sarkozy, plus qu'un instrument, il était devenu le soutien numéro un de Sarkozy. Extraits : 
"Sa vie et son action ont déjà été scrutées sous toutes les coutures. Pourtant, Sakozy réussit encore à surprendre." La divine surprise de Saint Sarkozy !
"L'ouvrage du chef de l’opposition est en soi un événement particulier. Jamais encore on n'avait eu entre les mains le livre d'un ex-président préparant une nouvelle candidature." Quand Saint Sarkozy parle, les fidèles écoutent avec passion et respect !
"Son livre surprend par l'ampleur de l'analyse de ses erreurs. [supprimer le mot "analyse" aurait été plus convenable] Aucun de ses prédécesseurs dans la fonction n'avait proposé un tel exercice de pénitence. il multiplie les aveux d'erreurs commises, à la fois sur la forme et le fond ; il ne le fait pas à demi-mot, ni de façon expéditive. Il analyse, regrette, admet ce qui n'a pas marché, ce qu'il a sous estimé. Nous avons compté 27 reconnaissances d'erreurs, 27 aveux de fautes commises." Saint Sarkozy se repent. Priez pour lui !
Le Figaro est devenu le premier disciple de Saint Sarkozy. Quelle décadence pour un journal qui tirait son prestige de son indépendance.

Même soutenu à bloc par Le Figaro, pourquoi se lancer dans une entreprise si risquée ? Parce que le temps presse et que Juppé dépasse désormais Sarkozy d'une dizaine de points dans les intentions de vote de la primaire. Ce livre, malgré les dires de son auteur, vise d'abord à lancer sa campagne. Or personne n'est plus fort qu'un Sarkozy en campagne. En 2012, Sarkozy avait progressivement remonté la pente gagnant une dizaine de points et ratant finalement de peu la réélection. Le graphique ci-dessous illustre la capacité qu'a eu Sarkozy à remonter dans les sondages grâce à l'efficacité de sa campagne : 

Car Sarkozy est une bête politique. Une fois lancé en campagne, il est imbattable. Rappelons qu'en 1995, Balladur caracolait en tête à quelques mois des primaires, mais le vieux loup qu'était Chirac parvint à remonter et à le battre sur le fil. L'analogie avec Chirac est de plus en plus frappante. 

Aujourd'hui plus que jamais, les paroles de François Mitterrand devraient résonner dans notre esprit :
"Je suis le dernier des grands présidents... Enfin, je veux dire, le dernier dans la lignée de De Gaulle. Après moi, il n'y en aura plus d'autres en France.."
Ce n'est ni Chirac ni Hollande qui pourront démentir. Et encore moins Sarkozy.

1 commentaire:

  1. Les paroles de François Mitterrand devraient résonner dans notre esprit? Le dernier des grands présidents? C'est aberrant d'entendre ça quand on connaît bien le personnage.

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