mercredi 6 janvier 2016

Un an après, Charlie n'a rien compris

Il y a un an, deux terroristes musulmans attaquaient Charlie Hebdo, tuant douze personnes. La mort de plusieurs dessinateurs français semaient la consternation. Des dessins fleurissaient sur le Web, défendant que "le crayon ne peut-être une arme de destruction massive". Certes, on ne peut tuer avec un crayon, mais ce n'est pas pour autant une arme inoffensive. Et Charlie Hebdo nous le rappelle tristement cette semaine avec son numéro spécial. Sa capacité à répandre la haine ne semble pas érodé. En somme, ils n'ont rien compris.

Il n'en fallait pas plus pour ranimer les divergences provoquées par l'attentat à Charlie Hebdo.

Pour un numéro exceptionnel tiré à un million d'exemplaires, la rédaction semble s'être surpassé dans l'art de la bêtise. Comme si un an après, ils n'avaient toujours pas compris qu'attaquer la religion de manière systématique et insultante n'était pas une réponse adéquate au fondamentalisme.
Nous ne pouvons que ressentir une profonde tristesse devant cette une. Elle réussit tout de même l'exploit d'attaquer une fois de plus toutes les relations - à ce que je sache - les meurtriers de janvier dernier étaient musulmans.

Mais au fond, c'est tellement plus simple d'attaquer le christianisme et le judaïsme ! Eux au moins, ils ne prendront pas une kalachnikov pour se venger. Blasphémer sur le christianisme et le judaïsme n'est pas un délit. Dans ce cas, le blasphème est un droit, au nom de la liberté d'expression ! Par contre, si la christianophobie est une opinion, l'islamophobie est strictement interdit.
Quelle irresponsabilité quand on sait que le seul régime totalitaire de nos jours est Daesh, se revendiquant musulman. Comme l'écrit Joseph Junker dans son article Charlie-Hebdo : la couverture qui noie le poisson,
"Les chrétiens d'Orient - qui payent au totalitarisme islamique un tribut d'une toute autre nature encore que celui versé par la publication hebdomadaire - apprécieront de se voir mis dans le même sac que leurs tortionnaires… Voire désignés comme coupables au même titre qu'eux, puisque qu'après tout c'est pareil, et que c'est même Dieu et non Mahomet qui se voit désigné comme responsable."
Bref une fois de plus, Charlie Hebdo a cherché une proie facile et l'a trouvé en la personne de Dieu. 
On pensait que les pires caricatures possibles avaient déjà été réalisés, tels que celle scandaleuse sur l’archevêque de Paris : 

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Malheureusement, force est de constater que, quand il s'agit de propager la haine, Charlie répond présent. Ce numéro spécial en est la nouvelle illustration. 

Dans un coup de gueule remarquable signé Olivier Delcroix dans le Figaro VoxLa une de Charlie Hebdo associe les «culs-bénits» aux assassins, nous est offert un remarquable décryptage de la 
stupidité et de la simplicité d'esprit dont a fait preuve Riss, l’auteur de la couverture d’aujourd’hui :
"A l'en croire, Dieu manie les armes à feu et a du sang sur l'habit. Ce sens premier étant absurde, on cherche le sens second. Et là, on patauge. Mais c'est peut-être une première, et c'est peut-être ce qu'il cherchait. [...] Jamais, sauf erreur, on ne lui avait mis une kalachnikov dans les mains, on n'arrête pas le progrès. Le débat a-t-il pour autant progressé d'un pouce? La liberté de pensée y a-t-elle vraiment gagné? Il est permis d'être dubitatif — et que l'on nous comprenne bien, ce n'est pas affaire de colère, ni d'indignation. Ce dessin est attristant, sans plus."
En fait ce dessin - si on peut l'appeler ainsi - est volontairement très vague, ce qui favorise encore un peu l’indignation qu'il suscite. Riss a-t-il voulu dire que c'est Dieu qui a attaqué Charlie en janvier dernier ? A-t-il voulu achever l'oeuvre de désacralisation de Dieu en le représentant comme un terroriste ? Comme le dit Olivier Delcroix "S'il faut récompenser l'audace, l'impensé, la provocation, l'art de répandre la honte et le mépris, alors Riss mérite d'être décoré, sans l'ombre d'une hésitation…". La commémoration de ces attentats qui ont tant marqué la France ne méritait-elle pas mieux qu'un énième appelle à la haine ? 

En fait, dès la publication, Charlie a sûrement atteint son but : la Une fit immédiatement polémique. Les meilleurs réactions sont disponibles ici, mais notons que les internautes, la plupart profondément choqués et inquiets de tant de bêtise, ont dénoncé très justement le "terrorisme gauchiste", expression qui résume parfaitement l’idéologie anarcho-gauchiste qui imprègne l'hebdomadaire. A force de défendre la laïcité et de combattre l'extrémisme - ce qui en soi n'est pas condamnable -, le risque est cependant élevé de tomber dans l'anticléricalisme. Sommes-nous revenus en 1905 lorsque la religion était l'objet d'attaques politiques répétées et injustifiées ? L'analyse de Junker abonde dans ce sens :

"Il serait également approprié que Charlie (et toute une série d'autres avec lui) finisse par intégrer que la défense de la Laïcité ne consiste pas en une sorte de nihilisme d'une égale agressivité à l'égard de toutes les religions, mais plutôt en une tentative de permettre à tout le monde de s'exprimer de manière harmonieuse et dans le respect des uns des autres. La laïcité a bien assez à faire d'un intégrisme islamique violent et assez de difficultés à mener le dialogue avec les musulmans sur les sujet qui fâchent. Rajouter à cela en son nom un anticléricalisme primaire ne fera que d'apporter de la violence supplémentaire."


Aujourd'hui encore plus que le 11-Janvier, je n'ai pas envie d'être Charlie, si c'est pour cautionner ce déchaînement de haine et accuser les mauvais coupables. Nous ne pouvons qu'abonder la déclaration d'Alain Juppé «Quand j'ouvre Charlie Hebdo, je ne suis pas toujours Charlie». Non, ne soyons pas Charlie. Disons tous ensemble non au terrorisme gauchisme" !

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