samedi 20 février 2016

Il faut sauver le soldat français



      « La France est officiellement en guerre contre l’État Islamique », déclarait fièrement François Hollande quelques jours après les attentats du 13 novembre. En plus d’être en retard, il se trouve que le président est hypocrite. Au début de son mandat a été votée la loi de programmation militaire 2014-2019 corrélée au « Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale ». Ce nouveau Livre blanc prévoie la suppression de 33 675 postes, civils et militaires dans les trois armées confondues en cinq ans. Etonnamment, ces objectifs-là, le gouvernement les remplit sans tarder et y éprouve même un certain plaisir. Seulement, le président semble commencer à prendre conscience que, s’il veut mener une « guerre », il va lui falloir des hommes. Alors, en fin stratège, Hollande a annoncé que « les effectifs devraient être revus et adaptés » et a décidé d’alléger la réduction des effectifs dans les armées de 7 500 hommes. Cette solution, simple formalité provisoire, ne répond en rien à la crise militaire que dénonce le général Desportes dans son récent livre La dernière bataille de la France : « L’armée est à bout de souffle. » La France détruit progressivement son armée, réduit ses effectifs, limite son budget, tandis qu’un terrorisme meurtrier menace la population. Il faut sauver le soldat français, avant qu’il ne soit trop tard.





Le paradoxe de l’ambition et des moyens

Alors que le président se vante de vouloir mener une « guerre » à l’Etat Islamique, on constate avec surprise qu’au même moment, il continue d’étouffer la croissance de son armée. En effet, alors qu’en 1996 la France comptait 432 002 militaires, Terre, Marine, Air compris, en 2012, elle n’en compte plus que 202 763. A chaque Livre blanc, une suppression de la population des appelés, volontaires, par l’intermédiaire de la dissolution de régiments entiers, s’opère. Il est révélateur de constater que, pendant que l’Armée était imputée de 230 000 hommes durant ces quinze années, la Gendarmerie se voyait recruter plus de 4 000 nouveaux militaires. Le long processus de déconstruction et de déstructuration de l’Armée se poursuit dans les moyens financiers qui lui sont accordés. De 2002 à 2011, les efforts budgétaires de la France pour son armée sont passés des 2,51% du PIB à 1,92%. A titre indicatif, en 2011, le Royaume Uni a accordé à son armée 16 543 millions d’euros de plus qu’en 2002 (les statistiques sont à retrouver ici : Bilan de 15 de réduction des effectifs au sein de la Défense). 
Cessons d’invoquer ces chiffres alarmants et mesurons maintenant leur impact. Devant ces réductions, le général Desportes affirme qu’« au rythme actuel, l’armée française sera bientôt épuisée. » Le fait est que, naïvement, le gouvernement demande une guerre et ne s’en donne pas les moyens. La réduction irréfléchie et inédite des effectifs se voit doublée d’un besoin immédiat de soldats. En effet, l’opération Vigipirate mobilise 10 500 militaires et coute 1 million d’euros par jour, auxquels on ajoute les 9 000 déployés à l’extérieur. L’armée française s’était tenue à n’utiliser qu’un soldat sur dix pour ne pas épuiser son capital, elle a largement dépassé ce ratio. L’armée se retrouve alors devant une impasse : on lui demande de faire plus avec moins. On exige d’elle, à la fois une présence permanente sur le territoire et à l’étranger, et à la fois de réduire ses dépenses et ses moyens. Eric Zemmour le remarquait lui-même dans son dernier article Servitudes et grandeurs militaires : « La grande muette par définition se tait. On peut donc la dépouiller sans qu’elle se récrie. Elle meurt en silence. »

Ce gouffre entre l’ambition et les moyens nous vient de loin selon le général Desportes. « L’Europe a tué l’idée de guerre dans l’esprit des citoyens européens. Ils ont cru que le « soft power » pourrait remplacer le « hard power ». Nous avons intellectuellement « quitté l’histoire » en imaginant être parvenus dans un monde post-moderne qui avait définitivement éliminé la guerre et la barbarie » livre-t-il. La France use son armée au moment où elle en a le plus besoin. Elle facilite finalement la tâche de son ennemi et, de son plein gré, se rend plus vulnérable que jamais. La situation est d’une absurdité grotesque : nous nous faisons la guerre avant de l’avoir commencée. Comme Peguy le disait si bien : « Demander la victoire et ne pas avoir l’intention de se battre, je trouve ça mal élevé. »





Il n’y a pas de victoire sans stratégie

      Menacé par la politique de démilitarisation du gouvernement, le soldat français peut aussi craindre l’échec stratégique qui se déroule actuellement en France. Dans son livre, Desportes déplore : « Il y a des choix à faire. De la présence sous la Tour-Eiffel ou de l’efficacité opérationnelle en Syrie ou au Sahel? » L’erreur, en plus de la réduction des effectifs d’une armée pourtant nécessaire, réside dans son utilisation. Dans le cadre de l’opération Sentinelle, les militaires, de l’Armée de Terre majoritairement, sont mobilisés à titre de policiers ou gendarmes ordinaires. Employer un soldat, dont la formation est très onéreuse et beaucoup plus développée que celle d’un agent de sécurité, dans le rôle d’un employé de « société de gardiennage » est un véritable gâchis, au plan opérationnel comme au plan budgétaire. C’est ne pas utiliser son expérience, sa formation exceptionnelle, sa capacité d’adaptation, son aptitude au combat qui le rend unique. « Il est tout à fait légitime d’utiliser les soldats français pour la protection du territoire national, mais à condition de tirer le meilleur parti de leurs compétences spécifiques. L’armée n’est pas un stock de vigiles à déployer devant les lieux de culte! » martèle Vincent Desportes. Ainsi, avant d’augmenter les effectifs de notre armée, il faudrait apprendre à les utiliser de la manière la plus profitable. 

Comme le dit très justement le général Dominique Trinquand, ancien-chef de la mission militaire française auprès des Nations-Unis, on assiste à « l’effacement de la frontière entre les notions de défense et de sécurité nationale ». D’habitude, privilégier la défense n’induit pas nécessairement que la sécurité nationale est visée. Aujourd’hui, nous entrons dans une guerre asymétrique et sans frontières. Le piège dans lequel est tombé le gouvernement est de croire que, comme le terrorisme n’admet pas de frontière, l’ennemi à combattre se trouve sur notre territoire. Encore une fois, nous ne menons pas la guerre contre le terrorisme mais contre une entité réelle à l’origine du terrorisme, que nous nommons Daech. Ne perdons pas nos moyens et revenons au principe stratégique classique : le meilleur moyen de protéger son pays est de repousser le théâtre des conflits le plus loin possible de son territoire.
"Nous ne menons pas la guerre contre le terrorisme mais contre une entité réelle à l’origine du terrorisme : Daech."
Enfin, il est stratégiquement essentiel, pour mener cette guerre, d’éclaircir la distinction entre les forces de l’ordre et les forces de défense. Les forces de l’ordre, ce sont la gendarmerie, la police, les services communs, comprenant des civils : les responsables de l’ordre et de la sécurité civile. En revanche, les forces de défense, symbolisée par les armée de terre, de l’air et la marine, sont responsables du territoire, des intérêts du pays et de sa population. Une guerre, quel qu’elle soit, est menée par l’armée car elle porte atteinte au pays et à ses intérêts. Il est parfaitement anormal d’observer que les effectifs de la gendarmerie augmentent lorsque ceux de l’armée diminuent. Pourquoi? Tout simplement parce qu’il est certain que, empiriquement ou non, nous avons aujourd’hui plus besoin des forces de défense que des forces de l’ordre. Les forces de l’ordre luttent pour que l’acte terroriste ne se produise pas, tandis que les forces de défense luttent pour que l’acte terroriste ne se produise plus. Policiers et gendarmes ne s’attachent qu’à la forme du problème, n’interviennent que pour limiter ses conséquences. L’armée, à l’aide de ses interventions extérieures, touche à un problème de fond, se trouve à l’origine du conflit et assure la défense et la sécurité du pays sur le long terme. Autrement dit, lorsque les forces de l’ordre réagissent, les forces de défense agissent, et la guerre ne pourra se gagner que par l’action.

"Les forces de l’ordre luttent pour que l’acte terroriste ne se produise pas, tandis que les forces de défense luttent pour que l’acte terroriste ne se produise plus."

Cette stratégie relève seulement de l’utilisation de nos ressources, qui sont pour le moment mal exploitées. Mais cette guerre nécessite surtout une stratégie militaire qui ne doit pas se résumer au « containment » pour gagner du temps. Encore une fois, la leçon de géopolitique du général Desportes est la plus pertinente : « Ce n’est pas la multiplication des interventions qui fait une stratégie. La France s’engage partout, mais on a du mal à identifier clairement une stratégie dans toutes ses dimensions. Elle pare au plus pressé, basculant ses efforts au gré des départs de feu sans jamais parvenir à traiter les problèmes au fond. Faute de pouvoir envoyer sur les théâtres des contingents adaptés aux enjeux, on projette des forces, on s’active au mieux, mais on ne travaille pas dans la durée ; souvent, on perd la nuit ce qu’on avait gagné dans les combats du jour. »




Remplacer Waterloo par Austerlitz

Cette guerre pourrait être la dernière bataille de la France, selon l’expression du général Desportes. Comment en faire notre plus belle victoire? Il faut d’abord impérativement arrêter de détruire notre armée et, au contraire, la diversifier, l’étendre, la moderniser. La sécurité des Français est en jeu. Il faut déployer les forces de l’ordre là où les soldats sont inutiles. Les forces de l’ordre sont des mesures d’exception qui doivent être utilisées dans ces cas précis. La guerre aura lieu là où se trouve l’ennemi, il faut reposer et reconstruire notre armée avant de repenser nos stratégies. Il faut refouler ce mépris absurde à l’égard notre armée, elle est le symbole de notre force, l’arme de notre courage, le cri de notre protestation enflammée, l’âme de notre nation. Soyons fiers de notre armée, elle est notre unique salut. Il est certain qu’elle nous fera gagner cette guerre. Mais pour cela, commençons par sauver le soldat français.


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