mercredi 17 février 2016

Pouvons-nous encore croire en la politique?


            La politique serait-elle donc finie ? Le temps des grands hommes d’État serait-il révolu? De plus en plus de Français, l'écrasante majorité, n'ont plus confiance en nos hommes politiques. Nos gouvernants ne se consacreraient plus au bien de leur pays mais à la réussite de leurs ambitions personnelles, seraient entré dans le règne de l'argent là où, au contraire, ils auraient du mettre de côté leur soif de pouvoir, et se consacrer à maintenir la grandeur de leur nation. Qu'en est-il donc? Peut-on encore croire à la politique contemporaine?

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            Le tableau semble désespéré. Chaque jour, de nouvelles gaffes, de nouveaux manquements à la dignité des plus hauts postes de la République, arrivent à nos oreilles. L'on entend parler de nouvelles manigances diverses au sein des partis, qui n'ont plus pour objectif que la conquête du pouvoir, et non plus le bien du peuple. La liste est longue, tant aux deux extrêmes qu'au Parti Socialiste et aux Républicains : affaire Bygmalion, ministres du gouvernement multipliant bourdes et erreurs de jugements, affaire Cahuzac, la basse bataille politicienne Copé-Fillon pour la présidence de l'UMP, l'erreur du Fouquet's… Quel changement a donc eu lieu en quelques dizaines d'années? Souvenons-nous de nos anciens dirigeants. De Charles de Gaulle, de François Mitterrand, d'André Malraux et de tant d'autres encore. Eux se faisaient une idée de la France. Ils ont participé à la grandeur du pays.  Ils ne s'abaissaient pas dans de frauduleuses pratiques politiciennes, et restaient au-dessus du puéril jeu des partis. Les partis. 

"Le pays observe: que voit-il? Il voit des partis qui ne sont plus les gardiens d'un idéal, mais simplement des machines à gagner des élections."

Serait-ce donc là la source de la crise? Les partis sont, rappelons-le, des organisations politiques cherchant à influencer les politiques gouvernementales. L'idée semble louable. Ils permettent les nécessaires oppositions à l'exécutif, et représentent finalement l'ensemble des tendances politiques françaises : le socialisme, le conservatisme, et même pour une minorité, l'écologisme, le syndicalisme, le communisme, jusqu'au monarchisme !... Et pourtant, les Français ne se reconnaissent pas dans les partis politiques actuels. La clé du discernement se trouve dans la nature des partis et non dans les valeurs dont ils doivent, théoriquement, être les hérauts. Le pays observe: que voit-il? Il voit des partis qui ne sont plus les gardiens d'un idéal, mais simplement des machines à gagner des élections. Quand la ligne d'un parti change en fonction de la tendance du moment, pour une voix de plus, celui-ci ne peut demeurer crédible aux yeux des Français. Changer de politique pour gagner une élection est d'une incroyable bassesse, car cela présuppose que toutes les idées pour lesquelles des gens ont confiance en ce parti se trouvent ballottées au gré de l'opinion dominante. Gardons une solide frontière entre la gauche et la droite! Pourquoi, de plus en plus, les programmes du Parti Socialiste et des Républicains se ressemblent-ils? Chacun devrait rester fidèle à ses valeurs initiales: sinon, les partis perdent toute leur substance et utilité. 

            Il ne s'agit toutefois surtout pas de tomber dans le pessimisme ambiant, dans un catastrophisme malsain où chacun appellerait au retour, au choix, du roi, de l'Empereur, de la Terreur, du Front Populaire ou des premières années de la Vème République. On a le plus souvent bien tort de revenir en arrière: il faut étudier la situation et en tirer des conclusions avant de l'améliorer. Tout d'abord, la politique n'est pas morte. Entre les nombreux exemples de cynisme que nous avons déjà énuméré, on trouve encore aujourd'hui des comportements dignes des plus grands hommes d’État (ce qui n'implique pas que les acteurs de ces moments soient des grands hommes d’État): que l'on soit d'accord ou non avec leurs idées, on ne peut que saluer l'action -qui fut applaudie à gauche comme à droite- de Laurent Fabius à la tête de la COP 21 en fin d'année 2015, le discours solennel de Dominique de Villepin sur la guerre en Irak en 2003… Il reste une étincelle sur le tas de cendres de la République. Mais pour ranimer le brasier de la Révolution, de la Libération et des grands moments de la France, il faut un souffle nouveau. Et quand des politiciens se refusent, afin d'assouvir leur malsaine soif de pouvoir, à quitter le paysage politique après leurs heures de gloire, on ne peut que se poser la question du réel désir qui les anime. Aiment-ils la France, ou sont-ils tombés dans une perspective narcissique ou rien ne les intéresse plus que leur propre réussite? 

"Il reste une étincelle sur le tas de cendres de la République. Mais pour ranimer le brasier de la Révolution, de la Libération et des grands moments de la France, il faut un souffle nouveau."

            Pour retrouver la politique d'antan, la vraie politique, pour ainsi dire, le regard sur le pouvoir doit changer. Tout d'abord, le Président de la République doit se mettre au service de la France, en l'incarnant, et ne pas tomber dans une vision de la présidence comme un métier. Pensée utopiste, me dira-t-on. Mais dès lors que les dirigeants raisonnent en mandats, ils perdent l'objectivité de leur fonction en se focalisant sur leur maintien au poste, à la victoire aux prochaines élections. En effet, comment diriger un pays, une région ou une ville, si l'on passe son mandat à penser aux prochaines échéances politiques? La Général de Gaulle a une pensée clairvoyante sur ce sujet lors de sa conférence de presse du 31 janvier 1964. 

"Le Président qui, en cas de péril, doit prendre sur lui de faire tout ce qu'il faut, le Président est naturellement le seul détenteur de l'autorité de l’État. Mais justement, la nature, l'étendue, la durée de sa fonction, exigent qu'il ne soit pas absorbé par la conjoncture politique, parlementaire, économique, etc. Cela, c'est le lot, d'ailleurs aussi méritoire que complexe et qu'essentiel du Premier Ministre français."

Il mesure et relativise toutefois son propos en précisant que "les deux champs d'action", du Premier Ministre et du Président, ne doivent pas "être séparés d'une manière étanche". Suivre ce conseil semble être une bonne chose: ainsi, le Président serait tout occupé à remplir sa fonction et ne soucierait pas de ses années futures -qui sont d'ailleurs toujours bien confortables.

Ainsi, tout n'est pas perdu, la politique peut encore retrouver la confiance des Français. Il lui faut de la sincérité, l'amour de la nation, et une jeunesse qui s'engage.

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