vendredi 12 février 2016

Va-t-on vers une nouvelle crise financière ?

Nouveau "jeudi noir" pour les Bourses : le CAC 40 a perdu 4% et est repassé sous la barre symbolique des 4000 points. Malgré les discours rassurants des Banques centrales et de Janet Yellen en tête, le monde de la finance s'interroge, les investisseurs prennent peurs, et si nous allions vers une nouvelle crise, comme en 2008 ?



Quelles causes ?

Les observateurs mettent en avant deux causes principales : le ralentissement des pays émergents et la chute du prix des matières premières.

En premier lieu, la Chine semble voir se terminer ses "Trente Glorieuses" en annonçant une croissance pour 2015 de 6,9%, soit son plus bas niveau depuis 25 ans. Notons au passage que ces chiffres officiels sont très probablement faux, ce qui signifie que la Chine doit avoir une croissance de 4-5% plutôt. La pollution est un des facteurs de ce ralentissement : ces externalités négatives finissent par coûter cher. Un autre est la hausse des coûts du travail, qui ont rendu le coût du travail horaire chinois supérieur à celui de ses voisins notamment les Philippines et la Thaïlande.
En réalité, il lui est urgent d'accélérer la mutation de son économie, qui d'"atelier du monde" devrait devenir, selon les experts, un immense marché intérieur, qui tirerait les exportations mondiales vers le haut. Ce n'est pas encore le cas.
Quant aux autres pays émergents, leur économie ne va pas mieux. Les tensions politiques internes ont eu raison de la croissance brésilienne tandis que l'embargo occidental sur la Russie l'a fait plonger dans la récession.

En second lieu, la chute du baril de pétrole qui est passé sous la barre des 30 dollars  a des conséquences désastreuses sur les pays exportateurs, contraints à l'austérité : Venezuela, Algérie et surtout Arabie saoudite sont pris dans la tourmente économique, qui pourrait déboucher pour ces pays peu diversifiés sur des crises sociales autrement plus graves.
Si, dans un premier temps, cette baisse du prix des matières premières avait permis de réduire les coûts de production et de favoriser la croissance, elle a ensuite fortement déstabilisé les entreprises exportatrices. aussi bien de pétrole que de gaz de schiste. Ainsi, plusieurs entreprises américaines ont du renoncer à exploiter le gaz de schiste, faute de rentabilité. La faillite d'une grande firme occidentale de pétrole suffirait à créer un mouvement de panique sur les marchés financiers.


Que peut-il se passer ?

Toutes les conditions d'une future crise financière semblent malheureusement réunies. L'or, valeur refuge par excellence, a gagné 17 % depuis le début de l'année. Cette hausse est hautement symbolique et témoigne de la perte de confiance générale.
Or rappelons que les comportements moutonniers des marchés financiers peuvent considérablement amplifier les fluctuations financières. Ainsi, les crises ont tendance à être auto-réalisatrices : par peur d'une crise, les investisseurs retirent leurs capitaux et la crise survient effectivement.
Par ailleurs, l'attitude des Banques centrales, capitale en cas de crise économique, suscite de plus en plus d'interrogations. Comme l'indique Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de Natixis :
"Tous ces problèmes sont amplifiés par les Banques centrales, qui ont injecté des montagnes de liquidités sur les marchés pour tenter de purger la crise de 2008. Les mouvements financiers sont de plus en plus violents et disproportionnés. La crise sur les devises des pays émergents en 2013 en sont la première preuve. Désormais, ce sont les marchés actions qui sont touchés. Ils remonteront aussi violemment qu'ils chutent... puis rechuteront."

Janet Yellen, la présidente de la Fed, parviendra-t-elle à prévenir une nouvelle crise financière ?

Quelles solutions ?
L'action des Banques centrales peut au mieux atténuer les effets d'une crise financière. Mais le véritable problème, c'est le fonctionnement interne de la finance.
Les politiques de régulation, souhaitées par tous après le krach de 2008, se sont attaquées à la mauvaise cible : elles n'ont porté que sur les banques. Or le véritable ennemi dans le monde de la finance, c'est ce qu'on appelle le "shadow banking", la finance de l'ombre, impossible à réglementer mais de qui provient toutes les crises, dont vous trouverez une explication de son fonctionnement en  article : Tout comprendre sur la finance de l'ombre, ou en vidéo: 

La soif de profit immédiat a entraîné la constitution de marchés obscurs où des acteurs financiers opaques s'échangent des titres toujours plus déconnectés de la finance réelle.
L'analyse de Marc Touati, président du cabinet Acdefi, n'est pas irrémédiable : 
"Nous sommes d'ailleurs d'ores et déjà dans un marché dit de trading, c'est-à-dire où les principaux investissements correspondent à des mouvements opportunistes de court terme, avec à la clé, une volatilité élevée. Autrement dit, les marchés actions vont continuer d'évoluer en eaux troubles, avec de fortes amplitudes à la baisse comme à la hausse, la tendance de fond restant néanmoins baissière."
La politique peut et doit prendre le dessus sur la finance. Car, si nous ne luttons pas contre le "shadow banking" de toutes nos forces, les crises financières se succéderont et, comme à chaque fois, la sphère réelle payera pour les abus de la finance.

2 commentaires:

  1. Tout à fait. La Chine qui change de modèle économique, les autres émergents qui souffrent de leur spécialisation piège dans les matières premières mais également de la corruption. Et tout ça avec des banques centrales qui, dans un contexte de faible croissance généralisée, inondent les marchés financiers de liquidités, ce qui provoque des phénomènes de bulle et donc forcément ça finit par craquer. Personnellement je n’irai pas jusqu’à faire le parallèle avec la crise de 2008, car on n’est pas dans la même situation : il n’y a pas sur les marchés de déferlement de produits toxiques et a priori pas non plus de fraudes massives des grandes banques. Nous sommes en période d’instabilité et il s’agit probablement d’une simple correction et donc pas de l’annonce d’un krach. Mais en effet, ce n'est pas bon pour la vie des affaires. Il ne faudrait pas que ces incertitudes se transmettent à l'économie réelle.

    Tout à fait d'accord également sur la nécessaire régulation des marchés financiers! Avec le shadow banking, on pourrait ajouter les paradis fiscaux, les banques offshore, le billet de 500 €...

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    1. En complément, je voudrais souligner un point qui n'apparait pas dans cet article. On ne peut comprendre la dérive de la finance si on ne remonte pas aux causes premières de ce phénomène. L'économie, c'est l'art d'identifier les causes et les effets. Et comme le disait Frédéric Bastiat, "il y a ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas".

      Or le keynésianisme prétendait fournir les moyens d’une forte croissance et du plein emploi par la dépense publique et la consommation. Cette théorie a été adoptée et mise en pratique par les États occidentaux au XXe siècle, malgré les avertissements critiques de sages économistes comme Ludwig von Mises et Friedrich Hayek.

      Le bilan du keynésianisme a été d’abord un développement de l’inflation puis une accumulation de dettes publiques, ce qui dans les deux cas a perturbé l’activité en rendant tout calcul économique incertain et en déformant la répartition de l’épargne. Dans le même temps, pour supporter l'accroissement exponentiels de leurs dettes, les États ont fait appel aux banques, en exerçant un contrôle sur la monnaie, sur les banques, sur les taux d'intérêt et ont enclenché ainsi un processus de financiarisation de l'économie mondiale, avec ses crises à répétition et ses dérives multiples.

      Donc on peut accuser les banquiers de cupidité si on veut mais c'est du moralisme facile et sans grand intérêt. Mieux vaut remonter des causes secondes aux causes premières, on y voit beaucoup plus clair.

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