samedi 12 mars 2016

Entretien exclusif avec Damien Theillier, philosophe

Damien Theillier est professeur de philosophie aux lycées Stanislas et Franklin. Il anime le site Nicomaque, "un blog de philo par un prof de philo" Il a écrit en exclusivité pour Le Prisme De Trump à Reagan en passant par Bastiat. Entretien.


Le Prisme : Selon vous, quelle est la place de l'économiste français Bastiat dans le parcours idéologique et politique de Reagan ? Peut-on dire que la politique économique libérale mise en place par Reagan à son arrivée au pouvoir soit inspirée des écrits de Bastiat ?

Frederic Bastiat, économiste libéral français 

Damien Theillier : Oui, c’est tout à fait l’objet de mon article. J’ai voulu montrer que Ronald Reagan, contrairement à Donald Trump et malgré les apparences, avait non seulement une véritable expérience politique, antérieure à son élection comme président, mais également une solide formation intellectuelle. Il fut un auto-didacte mais il a puisé sa théorie économique et sociale directement dans les écrits des penseurs de l’école autrichienne : Ludwig von Mises et Friedrich Hayek, mais aussi et surtout chez Frédéric Bastiat.

En substance, il a retenu de ces lectures quelques éléments clés d’une vision libérale de la société de et de l’homme : le primat de la société civile sur l’État, la valeur du choix et de la responsabilité individuelle, l’importance de l’entrepreneur dans création de richesses, l’importance d’un cadre légal souple et minimal, qui permette la confiance et le respect des contrats, la loi fondamentale qui veut que la richesse soit créée avant d’être répartie, la volonté de donner à chacun sa chance sur des marchés concurrentiels… On trouve tout cela dans les écrits de Bastiat mais également dans ceux de Jean-Baptiste Say, de Turgot et de Quesnay, qui furent ses maîtres.

Selon eux le libre marché n’est pas un système théorique, ni une idéologie, c’est la vie. Et la vie est imprévisible mais c’est ce qui fait qu’elle est belle. Vouloir tout planifier à l’avance, c’est tuer le mystère, la surprise. Les sociétés qui laissent s’épanouir cette vie, qui laissent l’intelligence développer sa créativité, sont des sociétés qui avancent. Le progrès vient de ces sociétés-là. Si une société veut planifier l’innovation elle ne réussit qu’à la stériliser. Planifier l’innovation est une contradiction. L’innovation c’est ce qui est imprévisible, ce qui surgit de la recherche, de l’observation, des besoins, de la liberté d’agir et de juger par soi-même, de la liberté de prendre des risques et d’en assumer les conséquences, bonnes ou mauvaises. Quel fonctionnaire aurait été capable d’inventer Google ou Bla-Bla Car ?

De plus, parce que le libre marché fournit des richesses, il permet aussi à la bonté de s'exprimer à travers les œuvres de charité et la solidarité spontanée. En effet, l’accroissement des rouages sociaux étatiques s’accompagne de l’effacement des réflexes sociaux naturels : parents, amis, concitoyens. Dans les domaines de l'emploi, de l'éducation et de l'aide aux pauvres, plus le gouvernement cède de son pouvoir, plus les initiatives sociales et politiques sont prises par des associations de familles, des associations d'entreprises ou des églises. Ce sont des institutions d'autorité naturelle, plus proches de l'homme, plus compétentes à leur niveau. 

Donc une fois l'État ramené à ses fonctions de base, une fois débouté des autres secteurs de la vie, il devient possible de redonner aux mécanismes naturels de solidarité toute leur place. La question n'est donc plus de savoir comment l'État peut remplir ses tâches mais plutôt si ces tâches doivent bien être remplies par lui. 

En résumé, parce que le libre marché pousse les individus à se prendre en main, il permet un plus grand courage de vie et une véritable dynamique d’innovation et de progrès face au destin. 


Le Prisme : Reagan est célèbre pour les politiques économiques libérales qu'il a mis en place dès 1981, en rupture avec un demi-siècle de politiques d'inspiration keynésienne. Cependant, on retiendra pour l'essentiel des politiques reaganiennes la dérèglementation des marchés financiers et son corollaire géostratégique, le consensus de Washington. Plus de trois décennies plus tard, la finance est la véritable plaie de l'économie. Reagan n'a-t-il pas commis une grave erreur en menant la libéralisation de la finance ?

Damien Theillier : La philosophie qui sous-tend la libéralisation est celle de la concurrence. La concurrence est la meilleure façon de permettre à chacun d’exprimer ses talents en se confrontant aux autres. C’est également un principe de justice, car elle permet aux petits d’entrer sur le marché et de redistribuer les cartes par l’innovation. Or l'un des obstacles majeurs à la libre concurrence, ce sont les rentes de situation. Mais celles ci ne sont possibles que grâce à la connivence qui existe entre la sphère privée et le pouvoir politique. Elle prend la forme du conflit d’intérêt pour les hauts fonctionnaires qui passent du secteur public au secteur privé et vice versa, des groupes de pression, des sociétés du CAC 40 qui se protègent avec le bras armé de la loi. 

Par ailleurs, lorsque l’État dépense des milliards et que ses budgets ne cessent de s’accroître, il fait appel aux banques pour se financer. Il a donc besoin de ce système financier qu’il condamne. L'intérêt de l’État est devenu inséparable de celui du système financier qui lui permet de survivre… Mais peut-on réguler de façon impartiale quand on est juge et partie ? Par exemple, le fait de maintenir les taux d’intérêt en-deçà des niveaux normaux du marché est dans l’intérêt des emprunteurs et non dans celui des épargnants. Or les plus gros emprunteurs sont les gouvernements. L’intervention des banques centrales dans les marchés monétaires est-elle encore au service du bien commun ou au service de la croissance des États ?

"L'intérêt de l’État est devenu inséparable de celui du système financier qui lui permet de survivre. Mais peut-on réguler de façon impartiale quand on est juge et partie ?"

En fait, le problème n’est pas tellement de savoir si les marchés financiers doivent être régulés ou pas car la finance a toujours été très régulée pour des raisons évidentes. La question est de savoir quelles sont les bonnes règles qui doivent encadrer les échanges et comment les faire respecter. Il y a des règles saines et d’autres non. Une bonne règle par exemple est que les banques disposent de fonds propres avant de faire crédit, ce qui n’est pas encore gagné aujourd’hui. Une autre est que les taux d’intérêts soient négociés librement et non politiquement décrétés comme c’est le cas depuis l’existence des banques centrales. 

Ensuite à qui confier la supervision du secteur bancaire et financier ? Les libéraux répondent qu’une libre concurrence, même imparfaite, est le meilleur moyen de réguler les comportements, à condition que la liberté implique la responsabilité. Ainsi, une banque privée doit être responsable de ses pertes et de ses profits. Elle doit savoir que personne ne viendra à son secours si elle fait de mauvais choix. C’est pourquoi elle ne pourra pas prendre des risques inconsidérés. En revanche, une banque qui sait que l’État interviendra systématiquement pour la renflouer (Too Big to Fail) peut se permettre de prendre tous les risques les plus fous et sera incitée à des comportements irresponsables. C’est ce qu’on appelle l’aléa moral. 
La crise des subprimes, la faute de l'Etat ? 

Bien sûr il faut un cadre légal. Mais pour les libéraux, ce cadre doit être pensé de telle sorte qu’il ne criminalise pas la finance, au point de tuer toute confiance entre les acteurs économiques et d’engendrer des abus. Encore une fois, une réglementation excessive et/ou mal faite est une incitation à la cupidité et aux pratiques occultes : les subprimes par exemple, ou des lignes de crédits à répétition pour des villes insolvables comme Cleveland, ou des entreprises comme le Crédit lyonnais avec l’affaire Bernard Tapie.


Le Prisme : Il a également réduit la taille de l'État dans l'économie, privatisant à tout-va, réduisant les dépenses publiques dans tous les secteurs sauf la Défense et allégeant la charge fiscale. 27 ans après, l'ObamaCare s'imposait comme une évidence aux États-Unis. Ce retour massif et sur-médiatisé de l'État dans un secteur aussi essentiel que la santé, ne légitime-t-il pas la nécessaire intervention de l'État dans certains secteurs ? D'autant que Smith lui-même admettait des défaillances de marché.

Damien Theillier : Dans les années 60, la gauche entendait amener le paradis sur terre en prenant l'argent des uns pour le donner aux autres. Elle a en fait dégoûté les Américains sur trois points : 1° ils en ont eu assez d'être taxés, 2° ils ont rejeté les orientations que les fonctionnaires avaient décidées sans eux, 3° ils en ont eu assez de voir l'inefficacité des projets entrepris avec leur argent. La prise de conscience a commencé avec la faillite partielle de la ville de New York en 1975 qui a eu l’effet d’une bombe. Par suite, la victoire de la « Proposition 13 » en 1978, adoptée par référendum en Californie, a mis fin à l'augmentation des impôts par le gouvernement sans autorisation populaire. 

À mesure que les observations des historiens et sociologues du XXème siècle prennent forme, nous savons désormais, de manière empirique, qu’il existe une corrélation entre le « Tout-État » et la misère humaine. Bien sûr qu’il existe des défaillances du marché, personne ne le conteste. Mais d’abord les défaillances du marché ne justifient pas toujours l’intervention de l’État car les équilibres se renouvellent régulièrement avec le temps, si on laisse la concurrence fonctionner librement. Alors qu’avec les politiques interventionnistes de type keynésien les équilibres se rétablissent au prix de crises majeures, tant économiques que politiques. Car comme je l’expliquerai un peu plus loin, l’interventionnisme étatique est responsable en tout premier lieu des crises de 1929 et de 2008.

Ensuite toute la question est de savoir si les défaillances de l’État ne sont pas elles-mêmes plus graves et de plus grande ampleur. En effet, l'État n'est pas une construction divine, dotée du don d'omniscience et d'infaillibilité. C'est une organisation humaine, où les décisions sont prises par des êtres humains comme les autres, ni meilleurs, ni plus mauvais, mais eux aussi susceptibles de se tromper et de maximiser leur intérêt particulier. Il faut sortir d’une vision angélique de l’État.

Pour en revenir à Reagan, il a bien allégé la charge fiscale, c’est incontestable : une réduction du taux de l’impôt sur le revenu de 70% à 28% et une réduction du taux de l’impôt sur les entreprises de 46 à 34%.

En revanche, ce qui est vrai également, c’est que Reagan a contribué fortement à l’endettement de son pays, notamment avec des dépenses militaires faramineuses. Or la politique monétaire américaine, et cela depuis les années soixante-dix - bien avant Reagan donc - a été voulue pour permettre aux États de s’endetter sans limites et à moindre coût. Reagan a donc lui-même cautionné cette politique de financement facile qui a profité aux banques d’une part, mais aussi aux emprunteurs, comme l’État américain. 

"Aujourd’hui la dépense publique aux USA représente 35% du PIB et en France elle représente 57 %. Alors faut-il parler de défaillance du marché ou de défaillance de l’État ? On peut voir les choses de deux manières. À chacun d’en juger."

Mais dès son élection, en février 1981 il avait prévu un plan de réduction des dépenses de l’État visant à les ramener à 19,3% du PIB en 1984. Ceci aurait permis d’équilibrer le budget. Or c’est le Congrès qui a refusé à plusieurs reprises de voter cette réduction. Ainsi le déficit est resté élevé et les dépenses ont été bloquées à plus de 22% jusqu’à la fin des années 1980. Il faut bien garder à l’esprit que les présidents n’ont pas la maîtrise totale de la politique budgétaire. Ce sont les membres du Congrès qui promulguent effectivement les lois et affectent les sommes d’argents.

Aujourd’hui la dépense publique aux USA représente 35% du PIB et en France elle représente 57 %. Alors faut-il parler de défaillance du marché ou de défaillance de l’État ? On peut voir les choses de deux manières. À chacun d’en juger.


Le Prisme : Aussi, on peut s'interroger sur la validité des thèses libérales du « laissez-faire ». Deux arguments empiriques semblent les mettre à mal : les deux grandes crises du capitalisme en 1929 et 2008. La passivité d'Herber Hoover, qui croyait fermement dans l'auto-régulation des marchés, n'a fait qu'aggraver la crise, qui n'a trouvé une solution que dans le New Deal keynésien de Roosevelt. De même, seule l'intervention concertée des États en 2008-2009 a permis de limiter les effets de la crise. D'autant que cette crise était la conséquence directe des excès de la finance dérèglementée. Comment un libéral peut-il défendre le « laissez-faire » après ces deux crises majeures ?

Damien Theillier : Je ne crois pas à la crise du laissez-faire mais bien à la crise de l’interventionnisme étatique. D’abord, le « laissez-faire » ce n’est pas le « laisser-aller », ni le « rien-faire ». C’est simplement laisser les gens faire leurs propres choix et juger par eux-mêmes, ce qui est une condition de la vie vertueuse. Cela implique de leur laisser une plus grande partie du fruit de leur travail et de réduire ainsi les taxes énormes qui amputent leurs salaires. Réduire les impôts, c'est aussi réduire les activités du gouvernement, car si l'on veut réduire ses rentrées d'argent, il faut réduire ses sorties, ses dépenses. 

L’enjeu c’est de laisser à la nation réelle l'occasion de reprendre l'initiative qui lui avait été confisquée. Si on s'attend à ce que l'État s'occupe des sans-emploi, à ce qu'il loge nos grands-parents et éduque nos enfants, on ne fait plus rien par soi-même. Un vrai retour à nos responsabilités passe donc par la possibilité de reprendre à l'État l'initiative dans nombre d'activités humaines. Et cela suppose la possibilité pour les citoyens de placer leur argent dans les œuvres de leur choix. C'est la solution, non seulement en matière de prévention du crime mais aussi en matière d'éducation, de politique des naissances et de chômage.

Le « laissez-faire » ce n’est pas le « laisser-aller », ni le « rien-faire »

Bref, le « laissez-faire », c’est une approche « bottom-up » plutôt que « top-down », selon le principe de subsidiarité. L’État fournit un cadre juridique qui permet d’arbitrer les conflits avec équité. Mais il ne doit pas décider de la taille des prises de courant. L’État qui prétend faire le bonheur des gens à leur place avec leur argent, l'État qui prétend éduquer les enfants à la place des parents, qui prétend connaître quels légumes on doit manger et quels films on doit voir est un carcan insupportable dont il faut se libérer.

Mais parlons d’abord de la crise de 2008. En effet, à la base des dérives bien connues des prêts hypothécaires, il y avait une injonction politique de l’administration Clinton pour obliger les banques à prêter aux minorités. L’intention était bonne, permettre à tous les citoyens américains d’accéder à la propriété, donc à la responsabilité. En revanche les banques ont dû prêter de l’argent à des individus non-solvables. Et elles ont été incitées de ce fait à repasser ces crédits toxiques à d’autres acteurs, sous formes de produits financiers complexes et peu détectables : les subprimes.

Quant à la crise de vingt-neuf, il faudrait développer ici l’analyse fort pertinente de Hayek et de l’école autrichienne, qui s’oppose frontalement à celle de Keynes qui est devenue la doxa économique et politique au XXe siècle depuis le New Deal. Mais pour cela, je renvoie aux écrits de Hayek (par exemple son discours de réception du prix Nobel en 1974) et à quelques-uns de mes articles (Friedrich A. Hayek ou l'anti-Keynes ou bien Nouveaux essais de philosophie, de science politique, d’économie et d’histoire des idées).


Le Prisme : Enfin, votre présentation de Reagan semble suggérer qu'il est un « communicateur » avant d'être un politique. N'est-ce pas finalement le problème de Reagan ? A vous entendre, Reagan serait le premier non-politique à accéder à la tête de l'État. En d'autres termes, un homme avec si peu de convictions profondes (il passe de « démocrate et partisan du New Deal à libéral conservateur») et ne semble être arrivé à la tête de l'État que grâce à son talent d'orateur. Il semble également l'inspirateur des « petites phrases » qui sont largement relayées par les médias et rentrent dans l'histoire mais qui font tant de mal à la politique aujourd'hui, occultant le véritable débat. Reagan, à la suite de Bastiat, voulait démystifier l'État, n'a-t-il pas démystifié la politique ?

Damien Theillier : Dans mon article sur Reagan j’explique précisément comment sa vocation politique a pu mûrir lors de ses huit années à la General Electric, dans la formation du personnel. Mais il faut essayer de se demander pourquoi il a été si populaire dans son pays. L’Amérique est un système fédéral qui a été pensé à l’origine pour échapper au modèle centralisé des empires européens. Moins de gouvernement central, plus de libertés locales, c’était la formule pour contrôler le pouvoir et l’empêcher de devenir tyrannique. Or Reagan a voulu revenir à l’esprit des pères fondateurs en inversant cette tendance à la centralisation et à la croissance de la bureaucratie fédérale pour redonner du pouvoir aux États fédérés. 

Ronald Reagan 

Il a retrouvé ainsi un principe philosophique très ancien : plus le gouvernement laisse les citoyens se gouverner eux-mêmes, mieux il gouverne. C’était l’idée de Jefferson : « Gouverner mieux c’est gouverner moins ». Et le pouvoir ne peut le faire qu’en rendant au peuple l'initiative de la vie économique, de la vie culturelle et de la vie sociale. Il le fait quand il se cantonne à ses vraies responsabilités : celles de l'arbitrage à l'intérieur du territoire et de la paix à l'extérieur.

Pour ce qui est de la communication politique, il y a une belle petite phrase de Reagan qui a fait mouche et qui est restée dans les mémoires « L’État n’est pas la solution. Il est le problème ». Mais je voudrais montrer qu’il ne s’agit pas seulement de « com », qu’il s’agit en fait d’une vérité très profonde.

La première raison pour laquelle l’État (central) n’est pas la solution mais le problème, c’est que contrairement à une entreprise, l’État n'a aucune exigence de rentabilité, le coût de ses actions n'est jamais évalué et les hommes politiques, qu’ils soient élus ou non, ne subissent jamais les conséquences de leurs actes : les décideurs ne sont pas les payeurs, ni les bénéficiaires. D’où l’absence de responsabilité et donc d’efficacité et d’où l’impossibilité de maîtriser les dépenses.

La seconde raison, c’est que l’État ne produit rien, il coûte. Le secteur public vit sur le secteur privé, sur la création de valeur, donc sur l’entrepreneuriat. Et quand il en vit massivement, il finit pas l’étouffer. C’est le problème des rentes de situation. Il faut donc toujours en revenir à la création de richesses, qui est la seule source authentique de prospérité. Et la prospérité, c’est la base de l’élévation sociale et morale des individus, comme le rappelait toujours Jean-Baptiste Say, le maître de Bastiat.

1 commentaire:

  1. Le laisser faire d'Hoover est un mythe.http://www.contrepoints.org/2012/05/28/84868-les-mythes-des-interventionnistes

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