mercredi 2 mars 2016

Euro 2016: Economie, Sécurité, Politique, Sportif, qu'en dire?




28 mai 2010. La délégation française exulte après l'annonce du pays hôte retenu à l'issue du comité exécutif de l'UEFA du même jour. Les championnats d'Europe de football en juin-juillet 2016 sont les premiers grands évènements sportifs depuis la Coupe du Monde de football en 1998 et après l'échec de l'organisation des Jeux Olympiques en 2008 attribuée à la ville de Londres. Avec près de 1,650 milliards investis pour organiser cet événement selon une étude commandée par l'UEFA, cet événement devrait amener de certains revenus notamment à l'Etat mais aussi contribuer à l'activité économique du pays ainsi qu'aux organisations qui mettent en place cet événement.

Cependant, certaines mesures prises par l'Etat, les attentats du 13 novembre 2015, l'expansion du terrorisme dans notre territoire et tant d'autres caractéristiques poussent à nous poser beaucoup de questions: Faut-il maintenir l'Euro? Est-il si gagnant pour l'économie française? Avons nous, dans les temps actuels, la capacité à protéger les 2,5 millions de spectateurs attendus quand nous avons de grandes difficultés à protéger notre propre population? Mais aussi quel sera son impact sur le paysage du sport français? 
Les images terribles des attentats de Munich en 1972 ou plus récemment celles du marathon de Boston en 2013 nous montre que le sport peut également être profondément touché par les événements qui en apparence ne semblent avoir aucun lien avec lui et poussent certains sportifs émérites et grandes figures du football français comme Just Fontaine à voulair "donner" l'Euro à un autre pays.

"Cela me brise le coeur de dire cela, mais je pense que la France doit renoncer à l'Euro, a-t-il assuré. Tous les autres pays peuvent accueillir le championnat, mais pas nous. Je crains fort que ce qui s'est passé vendredi noir se répète. Je pense que nous ne pouvons pas garantir la sécurité d'un tel événement. C'est tout simplement trop dangereux."

Il a ainsi affirmé qu'il était "sûr que l'Euro sera[it] organisé dans un pays différent"...



Des retombées économiques complexes...


Bien que organisé sur le territoire français, les retombées économiques de l'événement sont complexes.

Selon une étude commandée par l'UEFA, l'organisation de la compétition coûtera près de 1.650 milliards d'euro. Cela comprend en majorité la rénovation des stades partiellement ou entièrement reconstruits mais ne compte pas les 400 millions d'euros pour améliorer l'accès et les transports. Une majeure partie des financements sont privés car la plupart des stades sont détenus par des entreprises privées. Ainsi, la part d'investissement du gouvernement et des fonds publics se situent avant tout dans le "cadre". Dans ce "cadre", on compte les fanzone, la sécurité des lieux,...

Pour l’heure, des appels d’offres ont été lancés pour la construction d’infrastructures temporaires, l’approvisionnement en électricité, l’éclairage, le nettoyage, l’accueil et la sécurité : elles ont été remportés à 80% par des entreprises françaises selon les organisateurs.

Par ailleurs, la promotion des villes-hôtes fait partie intégrante des retombées économiques du championnat d'Europe. En effet, si on en croît un document de presse de l'UEFA édité en 2011, une répartition équilibrée de la compétition sur l'ensemble du territoire a été prévue, soit au moins 4 matchs par ville: 

- 4 matchs à Lens, Saint-Etienne et Toulouse, 
- 5 matchs à Bordeaux et à Paris (Parc des Princes) 
- 6 matchs à Lille, Lyon et Marseille 
- 7 matchs à Saint-Denis (Paris) au Stade de France

Dans le même sens, pour jouer un maximum sur la diversité des provenances des supporters venus défendre les couleurs de leur pays, il est aussi garanti que la rotation systématique permette de voir 6 équipes différentes pendant les matchs de groupe dont au moins deux têtes de série pour ces matchs de groupes, par ville et 1/8ème de finale, mais aussi l'obligation qu'il n'y ait pas de match le même jour au Stade de France et au Parc des Princes, à Lille et à Lens, à Lyon et à Saint-Etienne, à Marseille et à Nice, à Bordeaux et à Toulouse. 
Mais cette rotation n'est pas l'unique voie de mise en valeur du pays. En effet, la diffusion télévisuelle en est également responsable puisque l'événement sera retransmis dans 230 territoires du monde entier, soit environ 150 millions de spectateurs en moyenne.
Pour la métropole lyonnaise, cela représentera dix matchs en tout, visionnés par des spectateurs du monde entier: « Une formidable occasion de mettre en valeur le territoire », juge M. Imberton, président de la Chambre du Commerce et de l'Industrie de LYON MÉTROPOLE. Et environ 500.000 spectateurs, dont une bonne partie d’étrangers qu’il faudra héberger et nourrir: au niveau national, ils ont acheté 60% des premiers billets mis en vente.

De plus, les chiffres semblent tout de même parler pour le pays puisque qu'on annonce 2,5 millions de spectateurs (1,5 millions d'étrangers) contre 1,4 millions en 2012, pour des retombées estimées à près de 1,3 milliards d'euros dont 778 millions dépensés par les spectateurs. Enfin, plus de 94 000 personnes sont ou seront employées pour l'organisation de la compétition.

Aussi, l'Euro est important pour l'économie à long terme:
"La France sera bénéficiaire. Le tournoi ne va pas mettre le pays en faillite. Si l'Euro ne vient pas en France, il n'y a pas ces 1,3 milliard d'euros de retombées. On s'est intéressé aux effets à long terme et à l'héritage du tournoi pour les territoires. On a réalisé cette étude sans tenir compte d'un éventuel bon parcours des Bleus. Concernant les supporteurs étrangers, il y aura des impacts différenciés selon les régions. Les villes hôtes préféreront ainsi avoir les fans belges et allemands, qui dépensent plus que les autres." - Christophe Lepetit

La gestion de l'événement



La sécurité, un problème qui doit être évoqué
Déjà popularisées depuis certains événements sportifs mondiaux, les fanzones sont des lieux à ciel ouverts permettant aux supporters de suivre les matchs de leur équipe sur un écran géant. Aussi, ces zones représentent des places à hauts risques pour des attentats puisqu'elles sont ouvertes à tous sans limites d'entrée et que potentiellement entre 70 000 et 80 000 personnes peuvent s'y réunir pour un seul match. Cependant, une circulaire du 15 mars 2015 portant sur ce sujet explique que pour l'Euro 2016, les fanzones seront soumises aux mêmes contraintes que les stades à savoir des palpations, des fouilles de sacs, de la vidéosurveillance, des agents... Ces fanzones ne peuvent cependant pas être supprimées puisqu'elles rapportent près de 180 000 euros chacune.

Aussi, avec les attentats, les conditions de sécurité de ces zones doivent être optimales notamment parce qu'elles seront pour la plupart au coeur des villes, dont une au Champs de Mars à Paris. Par ailleurs, depuis ces événements, de nombreuses directives de sécurité ont été données par la police notamment la vérification qu'aucun individu fiché ne se trouve dans les bâtiments alentours aux fanzones. Aussi, les questions qui sont alors à soulever sont: les moyens prévus sont-ils à la hauteur des risques actuels? Et surtout, qui doit payer ces éventuels surcoûts liés à la sécurité? Les collectivités territoriales pour leur part refusent de devoir s'investir plus dans ce cadre puisqu'elles ont déjà énormément dépensé pour l'événement.
"On a investi plusieurs centaines de milliers d'euros dans les caméras de vidéo-surveillance, plusieurs centaines de milliers d'euros avec des sociétés de sécurité pour assurer la sécurisation de la Fan-zones, les événements actuels doivent maintenant être assurés par l'UEFA. Je trouve légitime que l'organisateur, l'UEFA participe à titre exceptionnel, compte tenue des conditions exceptionnelles au surcroît de sécurité dont nous aurons besoin pour protéger les dizaines de milliers de spectateurs qui vont se rendre dans les dix villes hôtes. L'EURO 2016 va être une manifestation qui va générer beaucoup d'argent dont le principal bénéficiaire est l' UEFA, les collectivités ont déjà beaucoup investi dans la rénovation des stades, beaucoup investi pour l'organisation de ces fans-zones, moi j'assumerai la part qui était la notre tel que c'était prévu mais le surplus doit être assuré par l' UEFA"
— Gaël Perdriau, le maire de Saint-Étienne

Cependant, une solution semble avoir été trouvé puisque qu'à la suite de la réunion sur les fanzones du 24 novembre dernier, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé un partage du surcoût des mesures de sécurités entre l'Etat, les villes et l'UEFA, qui sera précisé lors du prochain comité de pilotage le 22 mars prochain. La position de Saint-Etienne "n'a pas évoluée: la ville demande toujours à l'UEFA de prendre en charge la totalité du coût des mesures de sécurités supplémentaires", insiste Roland Goujon, vice-président aux sports de Saint-Etienne Métropole. Pour Laurence Arribagé, adjointe au maire de Toulouse, "l'important est de limiter le coût pour le contribuable et que l'Etat participe au financement".

L'Euro 2016 est une manifestation à plusieurs étages: outre les fanzones, il s'agit également de protéger les stades, qui sont aujourd'hui aux normes européennes et donc à la pointe de la sécurité, mais aussi les camps de base dont la sécurité comme celle des stades est assurée par l'UEFA.

L'évolution des positions sur ce point qu'est la sécurité est à suivre puisqu'elle a des points d'étape successifs: elle est au coeur de nombreux comités pilotes qui précèdent l'Euro et ces positions peuvent rapidement changer, comme en témoigne l'annulation de la construction d'une fanzone près de la Basilique de Saint-Denis, en plein centre ville, suit aux attentats de novembre.


Le prestige sportif, un élément non négligeable
Le sport français et notamment le football français souffre aujourd'hui de la faiblesse de son exposition sur la scène européenne. En effet, 4ème championnat en droits TV sur les cinq majeurs européens (Angleterre, Italie, Espagne, France et Allemagne) avec un total de 748.5 millions d'euros sur la période 2016-2020 soit un gros écart avec le mastodonte anglais avec un record de 6.9 milliards d'euros sur la période 2016-2019, montre que la Ligue 1 n'est clairement pas exposée autant que ses confrères européens. Pourtant, un bon nombre des espoirs français s'épanouissent aujourd'hui à l'étranger: sur la dernière liste du sélectionneur français, 17 des 23 sélectionnés sont aujourd'hui dans des clubs étrangers. Cela démontre certes que la France exporte un grand nombre de joueurs de classe mondiale de ses centres de formation mais montre aussi son incapacité à les conserver. Les derniers exemples sont nombreux comme Anthony Martial, Kingsley Coman récemment élus premier et deuxième meilleurs joueurs européens de moins de 21 ans qui ont tout les deux quitté le championnat français et leur club formateur à moins de 22 ans (ce qui est très jeune chez un joueur) témoignant de l'impossibilité de donner une dimension internationale à sa carrière en Ligue 1.

 Anthony Martial, Golden Boy 2015

"Cet événement aura une forte augmentation de l'attrait du peuple français pour le ballon rond"

Aussi, cet événement pourra vraisemblablement permettre un meilleur éclairage du championnat. 
Tout d'abord parce que les lieux d'accueil des matchs sont tous à la pointe de la technologie car tous ayant été rénovés récemment. 
Par ailleurs, cet événement permettrait une forte augmentation de l'attrait du peuple français pour le ballon rond puisque chaque grand événement footballistique s'est traduit par une forte augmentation (ou diminution après le fiasco de l'Afrique du Sud) du nombre de licenciés où la plus grande variation reste celle de près de 180 000 licenciés supplémentaires après l'épopée française à la Coupe du Monde 2006. 
Enfin, si l'équipe de France et le public local se prêtait au jeu, il se pourrait que les visiteurs pour l'événement rentre chez eux avec un a priori positif du football français et ainsi faire augmenter ces tristes 748 millions d'euros de droits TV qui explique en partie la faiblesse du jeu proposé du fait de la faible capacité des clubs à disposer des ressources nécessaires à l'achat de grands joueurs..., mais aussi permettre, à plus long terme, la venue de gros investisseurs!

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