mercredi 13 avril 2016

La dangereuse agonie de l’antiracisme

La dernière campagne du gouvernement, "Tous Unis Contre la Haine", c’est 3 millions d’euros pour six vidéos fictives (!) de 30 secondes : 2 pour “combattre les actes antisémites”, 2 pour “combattre les actes anti-musulmans” et 2 pour “combattre le racisme”. Mais au fond toujours le même scénario : les méchants blancs agressent des Noirs, des Juifs ou des Musulmans. Le tout avec une voix off qui prononce des paroles racistes, du type “En plus, les Juifs sont pétés de thune. Et le plus fort, c’est qu’ils arrivent toujours à se passer pour les victimes”.

ça, c’est la dernière campagne de propagande étatique visant à lutter contre le racisme. “L’antiracisme”, comme ils se sont auto-proclamés. Quel est le problème ?, me diriez vous. N’est-il pas légitime de lutter contre les actes racistes, en hausse selon les statistiques officielles ? Cela pourrait l’être, si seulement, derrière la lutte contre le racisme, il y avait pas une visée idéologico-politique déplorable.

Remontons aux origines du problème, afin de mettre en évidence la dérive d’un mouvement qui pourrait être bien intentionné s’il n’avait pas été récupéré par les politiques et les idéologues. 


Splendeurs et misères de SOS Racisme

En 1984, SOS Racisme naît. On m’a appris au lycée à contextualiser les événements, je vais donc tâcher de replacer cette naissance dans un contexte plus large, qui laisse déjà apparaître les failles de l’antiracisme. 

Contexte 1 : Début des années 1980. La gauche est depuis trois ans au pouvoir. Arrivé au pouvoir dans l’euphorie, Mitterrand déchante vite et amorce le tournant de la rigueur - ou tournant libéral - en 1983. La gauche est déçue et déstabilisée. Elle abandonne son élément le plus structurant : le marxisme. Dès lors, elle se cherche une nouvelle identité, un nouveau combat. Pour plus de précision sur la trahison sociale-démocrate amorcée par Mitterrand, voir : La sociale-démocratie n'est pas de gauche.

Contexte 2 : Dans le même temps, les premiers problèmes liés à l’immigration surviennent. Des émeutes ont lieu avec les travailleurs immigrés. Il faut dire que la France est en récession depuis la fin des Trente Glorieuses et que le chômage a refait surface. Les ouvriers "de souche" ne supportent pas de voir les immigrés leur voler leurs emplois - qu'ils ne veulent, par ailleurs plus occuper. Mais, en octobre 1983, suite à des prétendues violences policières, se tient la Marche pour l'égalité et contre le racisme, rentrée dans l'histoire comme la “Marche des beurs”. 

La Marche des beurs, récupérée par une gauche sans idée.

Les deux aspirations se retrouvent alors, pour le meilleur et pour le pire : c’est décidé, l’antiracisme sera la nouvelle idéologie de la gauche. S’ensuit alors le plus grand hold-up idéologique de l’histoire. Le Parti socialiste récupère le mouvement avec une facilité déconcertante. A défaut d’être marxiste, la gauche sera antiraciste. Abandonnant les ouvriers, elle fait de l'immigré son nouveau cheval de bataille.
SOS Racisme est créé de toute pièce par l’Elysée, comme le raconta Attali. C’est un mauvais début pour un mouvement censé être indépendant : il est le produit de l’État, et, d’ailleurs, il continuera d’être abreuvé des subventions étatiques.

Serge Malik, un des fondateurs de SOS Racisme, dénonça en 1999 la dérive politique du mouvement dans Histoire secrète de SOS Racisme. Il y peint son nouveau-né perdu comme l'instrument du PS pour contrer le Parti communiste. En faisant des ouvriers des racistes, les socialistes mettaient les communistes devant un choix impossible : renoncer aux ouvriers et mourir, ou conserver les ouvriers, être accusé de racisme et donc mourir. De fait, le Parti communiste est mort. Julien Dray, 29 ans en 1984, a abattu George Marchais, 64 ans. La gauche a trahi Marx. Jacques Julliard date de ce moment-là la fin de la gauche.

En fait, le grand historien et éditorialiste de Marianne - comme quoi, il peut y avoir des gens censés à Marianne ! - Jacques Julliard se montre très lucide et critique sur cette profonde transformation de la gauche - ce qui n'est pas rien : être à la fois lucide et critique à gauche relève du génie. Il confie dans Eléments : 
“Le basculement s’est fait en quelques années, à un moment où il n’y avait aucune doctrine à la tête du PS : les droits de l’homme ont été une manière d’échapper au vide programmatique”


“Et si c’était un appel subliminal à sauver le racisme ?”

Outre combler le vide idéologique de la gauche, l’antiracisme a une deuxième visée d’autant plus dangereuse qu’elle est hautement pernicieuse : créer des “racistes”. Car le combat contre le racisme n’est valable que s’il existe encore des “racistes”. Le philosophe Jean Baudrillard s’interroge dans Cool Memories
“SOS Racisme et SOS baleines. Ambiguité : dans un cas, c’est pour dénoncer le racisme, dans l’autre, c’est pour sauver les baleines. Et si dans le premier cas, c’était aussi un appel subliminal à sauver le racisme…” 
Et Alain Finkielkraut de commenter la géniale formule de Baudrillard : 
“L’antiracisme, aujourd’hui, n’est plus seulement un principe, mais est devenu une idéologie. C’est-à-dire une manière de voir et de réduire à la fois le monde, et aussi une façon d’exclure des gens. Quand je pense à cet étrange lapsus qu’est «SOS Racisme», c’est surtout à un petit texte extraordinaire de Jean Baudrillard que je pense, dans lequel il met en parallèle SOS Racisme et SOS Baleines. Et il explique que dans le premier cas, il s’agit de dénoncer le racisme et, dans le second, de sauver les baleines. Et Baudrillard de souligner à quel point cette ambiguïté est révélatrice. Peut-être y a-t-il des gens qui veulent sauver le racisme pour se donner le plaisir de haïr certains ennemis…” 

Rapidement, la récupération de l’antiracisme par le Parti socialiste a été dénoncée, tout comme son instrumentalisation à des fins politiques. Le jeu de dupes ne fait plus recette. Et face à la main-mise des socialistes sur le mouvement - en premier lieu, Julien Dray -, les “beurs” ont protesté. Car l’antiracisme ne sert absolument pas la cause des immigrés. Il n’est qu’idéologie. Julliard explique : 
“En réalité, le débat sur la place des immigrés dans la société actuelle a été complètement escamoté. Et quand il a eu lieu, il s’est généralement déroulé en l’absence des intéressés. Les immigrés eux-mêmes l’ont d’ailleurs bien compris, dès le lendemain de la grande Marche des beurs. La plupart d’entre eux ne se reconnaissent pas dans ceux qui parlent en leur nom, et qui font eux aussi partie des élites”.
Dans la même veine Anastasia Colosimo dénonce la dernière campagne étatique. Elle n’y voit qu’un moyen de détourner le débat de son vrai but : l’intégration des immigrés. Elle indique dans une interview du Figaro Vox
“Le combat qui doit être mené est donc un combat de changement des mentalités et ce, autant dans les institutions que dans la société civile. Les discriminations liées à l'embauche, l'inégal accès au logement et aux services sociaux, la ghettoïsation sont des réalités qu'il faut combattre, mais pas à coups de raccourcis culpabilisateurs et de moraline.”

"L’antiracisme ne sert absolument pas la cause des immigrés. Il n’est qu’idéologie."
La gauche a donc mené un travail de sape dévastateur, dont on paye encore aujourd’hui les frais. Les électeurs du Front national, qui venait de percer au début des années 1980, sur les ruines du mouvement poujadiste, sont ainsi catalogués comme les nouveaux racistes. Jacques Julliard n’est pas dupe :
“On a manipulé la thématique de l’antiracisme, pour en faire une manière supplémentaire de mettre le peuple en accusation en lui imputant des sentiments ou des opinions “racistes” qu’il n’éprouve nullement, dans sa grande majorité”.

Aujourd’hui encore, l’antiracisme est défendu par la plupart des politiques, qui y voient un moyen de combattre le FN. Rien de plus simple que de les accuser de racisme (Cf. l'article FN, pourquoi tant de haine ?). Pourtant, les scores du FN semblent mettre très largement en évidence les limites de cette stratégie de culpabilisation des électeurs frontistes. Pis encore, l’antiracisme ne sert qu’à exaspérer l’immense majorité des Français. Dès lors que l’antiracisme ne fait plus vraiment recette, pourquoi le “combat” continue-t-il ? Parce qu’il est le chèque de caution du multiculturalisme français. 


Et le racisme anti-blanc, anti-rom ou anti-asiatique ?

Logiquement, quand on combat le racisme, on défend une minorité. Les Juifs, les Arabes, les Noirs. Le racisme anti-blanc paraît dans la bouche des idéologues de gauche un oxymore. Les blancs ? N’est-ce pas eux les racistes ? De cette manière, la gauche n’a cessé de culpabiliser les Français “de souche”. Or le racisme anti-blanc existe tout autant. Et, du moment qu’on combat le racisme, ne doit-on pas se battre contre toutes les formes de racisme ? Apparemment pas.

En somme, le “deux poids, deux mesures” est toujours d’actualité de la part d’une gauche sans idée, mais idéologue. La dernière campagne de pub antiraciste risque fort d’être contre-productive. C’est ça le danger de l’antiracisme. D’autant plus lorsque celui-ci agonise. C’est une preuve supplémentaire de l’effondrement de la gauche. Elle cherche simplement à causer le plus dégât sur son passage. Merci la gauche ! 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire