mardi 31 mai 2016

Entretien avec Paul Piccarreta, rédacteur en chef de Limite



Jeudi 19 mai. Il paraît qu'il n'est jamais à l'heure. Il a dû faire une exception pour nous, puisqu'à 17 heures précises, il saute de son vélib et va à notre rencontre. Nous nous asseyons dans un bar à Edgar Quinet, près de Stan. Lui, c'est Paul Piccarreta, directeur de rédaction de Limite, nouveau trublion arrivé en septembre dernier dans la vie intellectuelle conservatrice. La revue d'écologie intégrale qu'il tient depuis septembre 2015 commence à faire du bruit. Trois numéros sont sortis à l'heure actuelle : Décroissez et multipliez-vous, Tous dans le même bateau et Arrêtez tout, il y a plein d'alternatives (cliquez sur les liens pour lire les éditos respectifs).

Paul Piccarreta se revendique écologiste, bioconservateur, en faveur d'une décroissance et d'un anarchisme chrétien. Le Prisme est allé à sa rencontre. Compte-rendu.


dimanche 29 mai 2016

Ecologie intégrale : la nouvelle synthèse conservatrice


  

  Limite : c'est le titre d'une nouvelle revue fondée par Paul Picarreta, Gaultier Bès de Bec, Marianne Durano et Eugénie Bastié (l'auteure du remarqué et controversé Adieu mademoiselle), qui se conçoit comme le fer de lance d'une éthique fondée sur des valeurs intégralement catholiques, dont la plupart ne sont pas nouvelles, mais qui constitue par sa cohérence idéologique et parfois iconoclaste un mouvement intéressant: l'écologie intégrale. L'idéologie présentée se veut tentaculaire et philosophique, mais aussi révolutionnaire, qui pourrait presque se déduire de ces quelques mots : limite et écologie. La mise en avant de la "limite" s'oppose frontalement à l'humanisme contemporain, qui dégénère selon la revue précitée en transhumanisme, à la fois médical et social : le progressisme (dans son sens philosophique et non politique) et le libéralisme aspirent à toujours modifier la structure sociale, tendant asymptotiquement vers la société utopique (il reste à déterminer la nature de cette utopie). Face au conservatisme irréfléchi qu'incarne parfois la droite française ou anglo-saxonne, valorisant "le passé fantasmé" (dixit Bastié en conférence), l'écologie intégrale est parvenue à cette conclusion que le conservatisme ne peut être que monolithique, conduisant au rejet d'une société individualiste et désincarnée face au modèle d'une structure sociale traditionnelle, construite autour de cellules comme la famille, la communauté. D'un point de vue politique, l'écologie intégrale, mouvement (pour l'instant ?) confidentiel, manque d'une représentation, même si un premier pas de vulgarisation a été effectué par la diffusion de Limite.
  Quant au terme "écologie", qui désigne premièrement l'étude des relations entre l'homme et la nature, il est révélateur d'une autre composante qui diffuse dans toute la philosophie du mouvement : l'homme aspirerait à retrouver sa nature distordue par la société; il faudrait en fait déconstruire le statut artificiel de l'individu seul dans la société. On comprend immédiatement que l'écologie intégrale ne peut que s'opposer au modèle capitaliste libéral et à la démocratie sociale.

vendredi 27 mai 2016

Eugénie Bastié, ou la revanche des femmes sur le néoféminisme

Adieu Mademoiselle, c'est le premier essai d'Eugénie Bastié, âgée de seulement 24 ans, sur le féminisme. C'est aussi un ouvrage hautement polémique comme en témoignent les attaques à répétition en provenance des sites et blogs féministes dont elle a été l'objet. Les médias s'y sont pris à cœur joie : après Les Inrocks, Terra Femina, Rue 89, Buzzfeed, Metro News et France Inter, la consécration est venue de Libération ! Ces critiques, toujours médisantes, souvent calomnieuses, prouvent au moins une chose : Bastié a mis le doigt sur un point sensible. L'objectif de son ouvrage est d'attaquer sur tous les fronts le « néoféminisme ». Elle s'y essaie avec grâce, fluidité et courage et, le moins que l'on puisse dire, c'est que les critiques ne sont pas à la hauteur de l'argumentation développée dans Adieu Mademoiselle.
 

mercredi 25 mai 2016

Quand la laïcité "exagérée" gêne le dialogue avec l'islam

"La petite critique que j’adresserais à la France à cet égard est d’exagérer la laïcité." Ces mots, lâchés par le pape François au cours d'un entretien dans La Croix, ont provoqué une petite polémique ainsi que ma vive approbation. Pourquoi ? Parce qu'incontestablement ils ont touché un point sensible de la vie politique française, un point qui a toujours provoqué d'immenses débats. La laïcité, c'est cette exception française, défendue corps et âme par certains, que nos voisins jugent absurdes, souvent parce que l'image que la France en donne est absurde.

Pour bien comprendre la laïcité à la française, il faut remonter l'histoire de notre pays, se tourner vers le passé donc. Mais pour bien la mettre en pratique, il faut regarder ce que nous avons devant nos yeux, c'est-à-dire se tourner vers le présent. C'est ce que Pierre Manent a fait avec tout le génie qui le caractérise dans Situation de la France - et c'est ce que lui a âprement reproché l'idéologie laïciste.


jeudi 19 mai 2016

GPA : l'étrange alliance des libertaires et des néoféministes

Gestation pour autrui. GPA. Derrière ce sigle largement entré dans le débat public depuis 2013 et la loi Taubira, se cache une réalité tout à fait scandaleuse : la marchandisation extrême du ventre de la femme. En substance, la GPA permettrait aux femmes d'attendre un enfant puis de le vendre sur un marché. Mais comme le rappelle Eugénie Bastié dans son excellent Adieu Mademoiselle, « ce ne sont pas les filles des néoféministes des beaux quartiers qui feront de leurs ventres des usines à bébé, mais les pauvres gamines d'Inde et d'Ukraine ». Comme pour la prostitution, la GPA est le fait des femmes si pauvres qu'elles sont réduites à louer leur dernière ressource, leur plus intime organe : leur ventre. Et d'ailleurs, les dérives sont certaines : comment être certain que la femme soit consentante ? Qui empêchera que des femmes ne soient pas réduites en esclavage ? Car, au fond, la GPA n'est rien d'autre qu'une forme nouvelle d'esclavage de la femme.
Dans Adieu Mademoiselle, Eugénie Bastié pointe les incohérences des néoféminismes sur la GPA

mercredi 11 mai 2016

Transhumanisme : quand le paradis sur terre devient l'enfer immédiat




           Un scientifique génial - et fou à la fois - en blouse blanche, seul dans un cabinet sombre à bricoler le cerveau d’un patient désigné volontaire : il ne manque plus que le rire machiavélique et on se croirait dans un mauvais film américain des années 90. Malheureusement, la scène est peut-être en train de se dérouler quelque part dans la Silicon Valley, là où siège sans doute l’un des plus grands succès scientifique, économique et commercial du siècle : Google. Depuis 2012, la firme peut compter sur le « pape » du transhumanisme, Raymond Kurzweil, pour trouver un moyen d’attirer, à nouveau, des consommateurs. Le scientifique prédit qu’une fusion entre l’intelligence artificielle et le cerveau humain sera possible autour de 2045. 

L’idée ne choque pas beaucoup. Elle arrive même à plaire à certains. Pour beaucoup, c’est un rêve qui se réalise. Un homme qui a tous les pouvoirs, toutes les qualités, une vie longue, facile, un savoir sans limite et une force unique, il n’y a pas de doute, c’est un surhomme. Cette fiction, qui n’existait que dans les jeux jusque-là, ou dans les romans, tend à devenir une réalité. Mais le fait même qu’il n’y ait que les jeux ou les romans qui, auparavant, permettaient cette évasion, montre bien qu’une vie « à plusieurs chances » n’est plus une vie, mais un jeu, un rêve qui veut ignorer la réalité, quitte à oublier le réveil. Que nous le voulions ou non, ce paradis que l’on nous vante déjà sur terre nous conduira à notre perte, parce que l’homme qui veut devenir surhumain se rendra inévitablement inhumain.

lundi 9 mai 2016

Réquisitoire contre l'Union européenne

IDÉES REÇUES SUR L'EUROPE

L'Europe est un sujet sensible pour nous, jeunes. Nous n'avons connu que ça. L'euro est notre monnaie, l'UE notre institution de référence, Robert Schuman notre idole politique. Nous avons loué ses mécanismes économiques en économie, chanté la gloire de la construction européenne en histoire, admiré son fonctionnement et son efficacité en éducation civique et admis sa nécessité dans un monde globalisé en géographie. Nous sommes des purs produits européens.

C'est ainsi que l'écrasante majorité de mes camarades de classe se tue à la défendre. Ils inventent des avantages que nous procurerait l'Europe : « nous n'en voyons que les inconvénients, mais en réalité, l'Europe nous apporte plein de bonnes choses ». Ils se battent corps et âme pour que, « pour son bien », la Grande-Bretagne reste « in ». Ils blâment les quelques gouvernements de l'Est lucides sur les problèmes de l'UE, les accusant au mieux d'être des conservateurs, au pire des fascistes – les deux termes se valant souvent dans leur bouche.

lundi 2 mai 2016

Nuit debout, mouvement indigent


Le 31 mars, place de la République
 
  Comme souvent, tout part d'une bonne intention, ou ici d'un documentaire, Merci patron, réalisé par François Ruffin; dans celui-ci, il raconte comment il a soutenu des employés de Kenzo, filiale de LVMH, à l'assemblée générale de l'entreprise, après que Bernard Arnault a délocalisé la chaîne de production en Pologne. Ce film a été salué comme engagé et plein de qualités par la presse. C'est autour de ce film que s'est constitué le noyau de Nuit Debout, et autour de son réalisateur et de son ami Frédéric Lordon, dont nous reparlerons. Quel constat dresser du mouvement Nuit Debout aujourd'hui ? La place de la République est devenue une immense ZAD (zone à défendre, dans le langage anarchiste), qui excède les commerçants et les riverains. Mais passons, ce ne serait après tout qu'un détail si le mouvement était productif, novateur et porteur de progrès social ou économique. Las... Nuit Debout est un objet médiatique encombrant, qui passionne les médias et déchaîne les polémiques (cet article en est témoin), mais pire encore, c'est un microcosme, une micro-société anarchiste (ce sont les organisateurs qui le revendiquent), qui ne génère rien sinon un bruit, une plainte revendiquée par les manifestants : "Nous sommes contre tout" (la citation est authentique). Charmant programme !

dimanche 1 mai 2016

Macron, ou le triomphe de l'économisme

La Macronmania s'est emparée de notre société. A entendre les observateurs, en deux ans qu'il est au gouvernement, le jeune ministre aurait tout bouleversé : les codes politiques, les clivages partisans et même la vision qu'ont les Français de l'économie. On disserte sur cet homme qui « transcende les clivages » et - soyons fou - « révolutionne la politique ». Ce n'est pas parce qu'un politique ne semble ni à droite, ni à gauche qu'il « révolutionne la politique ». Gardons même à l'esprit que, dans les années 1930, « Ni droite, ni gauche » était le slogan... des fascistes.

Moi, je soutiens que Macron n'est qu'un énième politicien, mu par ses intérêts électoraux et ses prétentions narcissiques – qu'on songe aux photos de sa femme et lui dans Paris Match. Il est un Manuel Valls en puissance. Souvenez-vous du maire d'Évry au début du quinquennat : il apparaissait énergique, motivé en opposition avec le gouvernement. Les mêmes observateurs louaient sa jeunesse et sa fougue et l'opinion publique le plébiscitait. Aujourd'hui, il est voué aux gémonies médiatiques et houspillé de toute part. Qu'a-t-il fait entre temps ? Il s'est responsabilisé, il a été au pouvoir, il a tenté de gouverner. Qu'on place Macron à Matignon, et l'illusion s'évanouira.


Dans ce papier, ce n'est pas tant sur l'image de Macron que je veux m'attarder mais sur son idéologie – si, si, Macron, comme tous les hommes politiques, est dogmatique, il a des idées bien précises, bien définies.... et bien dangereuses. Macron est le symbole même de l'économisme, un mal qui nous ronge depuis trop longtemps.