vendredi 27 mai 2016

Eugénie Bastié, ou la revanche des femmes sur le néoféminisme

Adieu Mademoiselle, c'est le premier essai d'Eugénie Bastié, âgée de seulement 24 ans, sur le féminisme. C'est aussi un ouvrage hautement polémique comme en témoignent les attaques à répétition en provenance des sites et blogs féministes dont elle a été l'objet. Les médias s'y sont pris à cœur joie : après Les Inrocks, Terra Femina, Rue 89, Buzzfeed, Metro News et France Inter, la consécration est venue de Libération ! Ces critiques, toujours médisantes, souvent calomnieuses, prouvent au moins une chose : Bastié a mis le doigt sur un point sensible. L'objectif de son ouvrage est d'attaquer sur tous les fronts le « néoféminisme ». Elle s'y essaie avec grâce, fluidité et courage et, le moins que l'on puisse dire, c'est que les critiques ne sont pas à la hauteur de l'argumentation développée dans Adieu Mademoiselle.
 


La forme, tout d'abord, est admirable. Style percutant. Arguments claires et travaillés. Abondance de citations et d'informations. On comprend tout de suite qu'elle ait été embauchée directement au Figaro.fr après un stage de six mois. Depuis, elle a fait son chemin : après un tour à Causeur, sous la protection d'Elizabeth Levy, elle est devenue rédactrice en chef politique de la revue d'écologie intégrale Limite, née dans le sillage de Laudato Si. Elle est tout aussi percutante à l'oral, comme en témoigne son accrochage avec Jacques Attali dans Ce soir ou jamais :
 
 
 
Le fond est moins consensuel – ou plus polémique, si l'on veut.

Le féminisme groupusculaire, spectaculaire, déconstructiviste, intersectionnel, islamisant, défait, aveugle, idéologue, mutique, obsolescent, capitaliste, ignare. Douze qualificatifs pour douze chapitres, au cours desquels elle exécute dans les règles de l'art le « néoféminisme ». La thèse centrale de son œuvre est que le néoféminisme n'a plus pour but de défendre la condition féminine mais « d'araser la condition des êtres humains ». Elle ajoute que « le combat pour les femmes s'est embourbé dans des impasses théoriques et empêtré dans des contradictions politiques bien éloignées de la vie ordinaire des femmes ». Le sous-titre est d’ailleurs éloquent : “La défaite des femmes”


Deux exemples qui tiennent une place majeure dans l'œuvre illustrent bien la dérive néoféministe que Bastié fustige. Le premier concerne les agressions de Cologne. Elle écrit : « Voilà nos féministes de choc face à un douloureux dilemme : comment condamner ces agressions sans faire le jeu de l'extrême droite ? ». Pour Bastié, le néoféminisme est devenu « intersectionnel », c'est-à-dire qu'il privilégie la défense de toutes les minorités – donc des migrants- au nom de la « convergence des luttes », mais au détriment des femmes. Dénonçant des féministes si promptes à se scandaliser d'une publicité « sexiste » et pourtant silencieuses quand la situation l'exige, elle conclut, lapidaire : « Le combat féministe, une nouvelle fois, va sacrifier la cause des femmes sur l'autel d'une improbable alliance avec un combat antiraciste dévoyé ».
Le second exemple est la très controversée gestation pour autrui. J'en ai développé une longue critique que je vous invite à lire, intitulée GPA : l'étrange alliance des libertaires et des néoféministes. En résumé, les néoféministes sont prêts à accepter cette marchandisation du ventre de la femme, au nom de l'intersectionnalité et, notamment, des minorités homosexuelles qui souffrent de ne pas avoir d'enfant. Bastié met en garde : « Ce ne sont pas, en effet, les filles des néoféministes des beaux quartiers qui feront de leurs ventres des usines à bébé, mais les pauvres gamines d'Inde et d'Ukraine. Violence intolérable faite au corps féminin, réduit au rang de matrice, la GPA aurait dû être un combat prioritaire de la gauche. Mais le pouvoir socialiste installé à l'Elysée a cru plus habile de l'abandonner à la droite catholique descendue dans la rue ».

De la droite catholique, Eugénie Bastié en fait effectivement partie et, plus que ses opinions bien tranchées et courageuses à défendre, c'est peut-être son principal tort, aux yeux des critiques féministes et intersectionnelles, largement anticléricales. Il est tout de même dommage que les insultes noient le débat d'idées. On en vient à se demander s'il arrive aux néoféministes de penser, ou si elles ne sont qu'attaques frontales, critiques acerbes et calomnies insidieuses.

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