mercredi 29 juin 2016

Les scléroses de la politique contemporaine

  Il y a plus de six mois, j'ai écrit un article sur la situation politique française (disponible ici), tentant d'analyser un paysage assez noir, pervertissant la fin ultime de la politique, le gouvernement pour le bien commun, en une lutte de pouvoir pénible, agressive et gesticulante. Peut-être que le climat actuel incite au pessimisme, mais l'indigence de nos personnages politiques conduit à penser que le problème ne provient pas de la conjonction politique, d'une génération cynique qui ne désire pas exercer le pouvoir mais l'obtenir, mais de la structure même de notre démocratie. C'est ici qu'intervient le contexte : d'une part, il est toujours plus facile de gouverner lorsque la situation économique est très favorable (ce qui n'est plus arrivé depuis 45 ans), et d'autre part, l'expansion de l'informatique, la dématérialisation des médias, les réseaux sociaux et Internet poussent à l'immédiat, aux passions et aux réactions; une horizontalité entre le gouvernant et le gouverné s'est installée, transformant le citoyen en "hypercitoyen", qui a la légitimité de donner son opinion sur quelque sujet que ce soit - la création de blogs politiques en est le meilleur exemple... Les critiques fusent sur "l'élite détachée du peuple", où une sorte d'oligarchie coupée de la réalité gouvernerait. C'est ainsi que la notion un peu redondante de "démocratie citoyenne" est née : un cafouillis de pétitions, de candidats prétendument "hors système" en sont l'essence, et on voit bien mal comment cette démocratie citoyenne peut devenir un mode de gouvernement.

Culte de l'opinion publique et distorsion de la "volonté générale"

 

vendredi 10 juin 2016

Alain Juppé, ou la mort de la droite

"Le pire d'entre nous ?" demandait Causeur à propos d'Alain Juppé dans son numéro de juin. La pique est délicieuse, bien sentie et surtout terriblement véridique. A force de se tenir en retrait, en position de vieux sage, compétent et expérimenté, on a oublié qui était véritablement Alain Juppé. Retournons-nous un peu sur le passé et sur la carrière politique de l'actuel favori des primaires LR.

dimanche 5 juin 2016

Entretien avec Gabrielle Cluzel, journaliste et féministe

Gabrielle Cluzel est journaliste à Boulevard Voltaire, Famille Chrétienne et Monde & Vie. Elle a récemment publié Adieu Simone !, une excellente critique du féminisme beauvoirien. Elle revient en exclusivité pour Le Prisme sur certains points marquants du féminisme : la GPA, l'avortement, la libération sexuelle... Entretien exclusif avec une féministe intelligente et décomplexée.


Votre ouvrage s’appelle Adieu Simone !, référence évidente à Simone de Beauvoir, chef de file du féminisme d’après-guerre. Pourquoi écrire un livre sur le féminisme et en particulier sur Beauvoir  Le féminisme est-il dans une impasse ?

mercredi 1 juin 2016

Verdun 2016, ou pourquoi la France a encore à apprendre



              Dimanche 29 mai avaient lieu les commémorations célébrant le funèbre anniversaire de la fin de la bataille de Verdun, symbole de la Première Guerre Mondiale. Plus de 700 000 morts, disparus ou blessés constituent le lourd bilan de cette longue bataille, qui dura de février à décembre 1916.
               L’événement a créé la polémique. Ces dernières semaines, la France s’est illustrée en débats politiciens sans valeur, en polémiques honteuses face à la tragédie qu’il s’agissait de célébrer. Deux points furent particulièrement concernés : le concert du chanteur français Black M, initialement prévu, annulé peu avant les célébrations, et la course de 3400 jeunes sur les tombes des soldats tombés au champ d’honneur.

          Il fut tout d’abord question du concert de Black M. Un concert devait être donné par le populaire jeune chanteur français lors des commémorations. Problème : le chanteur, dans une chanson de Sexion d’Assaut de 2010, qualifie la France de pays « kouffar », terme péjoratif signifiant mécréant et utilisé par certains groupes djihadistes pour désigner les pays occidentaux. Quelle maladresse d’inviter un chanteur controversé à chanter à Verdun ! Pourquoi choisir celui qui tient des propos pareils contre la France ? Erwan le Morhedec, du blog Koztoujours, a tenu ces propos très justes dans une chronique du Figaro datée du 12 mai : « Ce n'est pas la Fête de la musique, Monsieur le Président, c'est la bataille de Verdun, un symbole national, une bataille dans laquelle toutes les familles de France ont perdu un proche. » S’adressant au président, il ajoute : « Parce que vous, parce que notre époque, parce que nous sommes englués dans un festivisme absurde, grotesque, même la commémoration centenaire de la bataille de Verdun doit conduire à « s'amuser» ».  Oui, la commémoration du centenaire de la bataille de Verdun ne devait pas être l’occasion d’un concert enflammé sous les projecteurs, d’une fête tragi-comique. Nos anciens combattants ont-ils encore le droit d’écouter le silence respectueux de citoyens recueillis ? Black M, le 13 main, publiait une lettre ouvert où il dénonçait « la polémique incompréhensible et inquiétante » ayant mené à l’annulation de son concert. Permettez-nous tout de même de comprendre l’incompréhension de milliers de familles françaises, voyant un chanteur qui a tenu des propos méprisants envers leur pays en charge de célébrer l’anniversaire de la mort de leurs aïeuls… Mais, certes, Black M a de quoi se défendre, et ses arguments font en effet réfléchir : son grand-père était tirailleur sénégalais pendant la guerre de 39-45, les mêmes tirailleurs sénégalais qui ont servi la France à Verdun. Mais alors pourquoi de tels propos ? Paradoxe.