mercredi 1 juin 2016

Verdun 2016, ou pourquoi la France a encore à apprendre



              Dimanche 29 mai avaient lieu les commémorations célébrant le funèbre anniversaire de la fin de la bataille de Verdun, symbole de la Première Guerre Mondiale. Plus de 700 000 morts, disparus ou blessés constituent le lourd bilan de cette longue bataille, qui dura de février à décembre 1916.
               L’événement a créé la polémique. Ces dernières semaines, la France s’est illustrée en débats politiciens sans valeur, en polémiques honteuses face à la tragédie qu’il s’agissait de célébrer. Deux points furent particulièrement concernés : le concert du chanteur français Black M, initialement prévu, annulé peu avant les célébrations, et la course de 3400 jeunes sur les tombes des soldats tombés au champ d’honneur.

          Il fut tout d’abord question du concert de Black M. Un concert devait être donné par le populaire jeune chanteur français lors des commémorations. Problème : le chanteur, dans une chanson de Sexion d’Assaut de 2010, qualifie la France de pays « kouffar », terme péjoratif signifiant mécréant et utilisé par certains groupes djihadistes pour désigner les pays occidentaux. Quelle maladresse d’inviter un chanteur controversé à chanter à Verdun ! Pourquoi choisir celui qui tient des propos pareils contre la France ? Erwan le Morhedec, du blog Koztoujours, a tenu ces propos très justes dans une chronique du Figaro datée du 12 mai : « Ce n'est pas la Fête de la musique, Monsieur le Président, c'est la bataille de Verdun, un symbole national, une bataille dans laquelle toutes les familles de France ont perdu un proche. » S’adressant au président, il ajoute : « Parce que vous, parce que notre époque, parce que nous sommes englués dans un festivisme absurde, grotesque, même la commémoration centenaire de la bataille de Verdun doit conduire à « s'amuser» ».  Oui, la commémoration du centenaire de la bataille de Verdun ne devait pas être l’occasion d’un concert enflammé sous les projecteurs, d’une fête tragi-comique. Nos anciens combattants ont-ils encore le droit d’écouter le silence respectueux de citoyens recueillis ? Black M, le 13 main, publiait une lettre ouvert où il dénonçait « la polémique incompréhensible et inquiétante » ayant mené à l’annulation de son concert. Permettez-nous tout de même de comprendre l’incompréhension de milliers de familles françaises, voyant un chanteur qui a tenu des propos méprisants envers leur pays en charge de célébrer l’anniversaire de la mort de leurs aïeuls… Mais, certes, Black M a de quoi se défendre, et ses arguments font en effet réfléchir : son grand-père était tirailleur sénégalais pendant la guerre de 39-45, les mêmes tirailleurs sénégalais qui ont servi la France à Verdun. Mais alors pourquoi de tels propos ? Paradoxe.


           Toujours est-il que toute la droite, et plus particulièrement le Front National, sautèrent sur l’occasion pour récupérer politiquement l’affaire, comme à leur habitude. Et Robert Ménard, maire d’extrême-droite de Béziers, de twitter deux phrases bien vides d'utilité et peu réfléchies : « Concert de Black M à Verdun annulé ! Superbe victoire de tous les patriotes ». Un peu de réflexion et d’arguments bien choisis, au lieu de lancer ce mot de « patriote » sans l’expliquer dans le contexte, n’aurait pas été de trop. Voilà donc la fin d’une polémique bien inutile, qui n’aura nullement fait avancer les choses, entre maladresse et récupération politique.

            Mais il n’était pas assez d’un scandale pour une telle commémoration. A nouveau, les critiques affluèrent à propos de la scénographie choisie pour la commémoration. Le cinéaste allemand Volker Schlöndorff avait choisi de faire courir 3 400 jeunes au milieu des tombes de la nécropole de Douaumont. Ô ultime maladresse ! Après le scandale Black M, fallait-il se sentir obligé de faire courir des adolescents sur les corps des défunts combattants ? Vous pouvez retrouver la vidéo ici : 

On a connu meilleur moyen pour se souvenir des morts que de les piétiner ; même si, comme l’a déclaré à juste titre et par une belle formule le ministre de la jeunesse Patrick Kanner, « le vrai tombeau de nos morts c’est le cœur des vivants ». Ce n’est pas une raison pour transformer une commémoration en marathon improvisé.  Un peu de silence, une gerbe déposée auprès des croix, au lieu de cette farandole et de ce haka étrange, n'auraient pas été de trop.

            Ainsi, tristement la France s'illustre en polémiquant pour un oui ou pour un non. L'heure devait plutôt être au recueillement et à l'unité. Si dans les grands moments nos hommes politiques parvenaient à quitter plus de quelques heures les pratiques politiciennes pour le bien du pays, le pays n'en irait que mieux. Souhaitons-le, car c'est d'apaisement que la France a besoin aujourd'hui, face à toutes les nouvelles épreuves qu'elle a à traverser. Voici finalement quelques mots de François Mitterrand, prononcés le 15 juin 1986 à Douaumont, et qui me semblent bien résumer l'essentiel.

"L'autre leçon est que Verdun ne fût possible et la victoire en même temps, que parce que la France a su, une fois de plus, se rassembler à l'heure du plus grand péril. Est-il donc nécessaire qu'il n'y ait plus d'autre choix que celui-là, la patrie ou la mort, quand la patrie devrait pouvoir être porteuse des espérances de la vie ? Que la France ne se rassemble-t-elle pas quand il est encore temps de bâtir sa grandeur et la démocratie ? Cela implique de la part des citoyens et plus encore des dirigeants, de tous les dirigeants, qu'ils aient conscience de leur devoir et qu'ils aient la pensée constante, au-delà des divergences et des oppositions légitimes, je dirais même nécessaires, de respecter les diversités et les minorités, le droit à la différence, de préférer toujours l'unité à la division, tout en recherchant, selon leurs convictions, ce qu'ils croient utile aux intérêts généraux du pays"
Optimiste mot de la fin.

2 commentaires:

  1. Je vous cite : "Ainsi, tristement la France s'illustre en polémiquant pour un oui ou pour un non. L'heure devait plutôt être au recueillement et à l'unité."

    Pourquoi donc nourrir cette polémique si tu as conscience de sa futilité?
    Pourquoi ne pas publier un article, si tu tiens tant à te faire remarquer pour ta fibre journalistique, sur les mémoires de Verdun chez les jeunes, ce qui en restent et ce qui a disparu?

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  2. Bonjour ! Tout d'abord mon but n'était pas de nourrir la polémique, loin de là, mais simplement de faire le point sur les différentes réactions de la droite et de la gauche à cette affaire et d'exposer mon avis personnel sur cette affaire...
    A propos d'un article sur les mémoires de Verdun chez les jeunes, je vous répondrai simplement que même si je voulais me faire remarquer pour ma fibre journalistique (vous supposez donc que j'en ai une et je vous en remercie), je n'aurai pas du tout le talent pour écrire écrire un article sur les mémoires de Verdun, sujet que je connais trop peu pour m'avancer. Mais j'aurai plaisir à lire le votre si vous en publiez un !

    Merci pour la réaction en tout cas.

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