lundi 28 novembre 2016

Sexe et publicité : libération ou asservissement ?


Voilà quelques semaines maintenant, j’étais en voiture derrière un bus, quand mon horizon s’est trouvé encombré par l’une de ces grandes affiches criardes, exposées en permanence aux regards indifférents de la foule sur nos voies publiques. Fond violet, grosse pomme rouge croquée : Gleeden avait encore frappé. 


Gleeden : l’immoralité publique



Entendons-nous : durant ces campagnes de pub, la France entière voit défiler dans son environnement proche, jusqu’en format maxi sur les murs du métro, ces larges invitations aux relations extraconjugales, titrant par exemple : « Etre fidèle à deux hommes c’est être deux fois plus fidèles » ou « Contrairement à l’antidépresseur, l’amant ne coûte rien à la sécu » ou encore « Par principe, nous ne proposons pas de carte de fidélité ».

Phrases accrocheuses, jeux de mots… le site de rencontre a plus d’un tour dans sa poche afin de faire franchir le pas de l’adultère à toujours plus de femmes. 
Comment ? Vous ne trompez pas (encore) votre mari ? Voyons, Madame, ce n’est pourtant pas grand chose : voyez plutôt, on l’affiche même dans le métro. 

J’avoue que ma réaction fut d’abord une grande surprise, un étonnement sans borne. Surprise de voir comme on peut facilement pervertir la morale grâce au relativisme : Gleeden, en mentionnant la sécurité sociale, traite le sujet comme si tout se valait, abaissant le fait de tromper son mari à un simple antidote contre la dépression. Le système publicitaire du site exploite, sans en avoir l’air, les voies intellectuelles les plus perverses en banalisant ce qui, dans l’ordre moral occidental, est perçu comme interdit, comme en témoigne l’article 212 du code civil, qui dispose que « les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance. » Tout n’est pas perdu, un ordre moral semble encore subsister dans la juridiction française.

Seulement, le plus ahurissant dans cette campagne n’est pas le message qu’elle véhicule, mais plutôt le fait que l’on puisse voir ses affiches partout. L’immoralité est ainsi exposée aux yeux de tous, des plus jeunes aux plus vieux, venant ainsi mettre sur le même plan une relation de couple engagé par le mariage et une amourette de site de rencontre qui est, dans ce cas précis, pensée pour se faire dans le dos du conjoint. Toute considération religieuse exclue, il faut avouer que le tour de force est particulièrement énorme et que cela en dit long sur l’état de dégradation de notre conscience collective.

Mais ce n’est pas tout, car il semblerait que ce phénomène se généralise ; la maladie des campagnes de pub, quand elles touchent à la sexualité, ne se restreint pas à cet écart de conduite regrettable de Gleeden. Il apparaît comme évident que le domaine public a de moins en moins de scrupules à afficher – donc cautionner – des publicités dont le dénominateur commun semble être l’immoralité. 


Adopte un mec : une guerre entre l’homme et la femme


Je vois également un exemple édifiant dans les récentes campagnes Adopte un mec, autre charmant site de rencontre qui présente l’homme comme un objet à la disposition de la femme. Les affiches, là encore largement répandues, représentent l’être masculin soit comme une marchandise, que l’on choisit, que l’on consomme puis que l’on jette, soit comme un jouet, dont on dispose à l’envie et qu’on manipule. Voilà une réelle contradiction pour une société qui se pique de prôner l’égalité des sexes. On entre dès lors dans un rapport de force sans fin entre les sexes ; au lieu de penser l’amour à travers la complémentarité des différences, on l’instrumentalise pour exercer une domination sur l’Autre, qui n’est plus l’être aimé mais l’être dominé.


L’Etat relativiste


La trouvaille publicitaire de ces derniers jours diffère des deux dernières, mais témoigne encore d’une grande impudeur dans l’affichage de la sexualité dans l’espace public, sans aucune considération morale. Il s’agit d’une campagne du ministère de la Santé contre le VIH et autres Maladies Sexuellement Transmissibles, qui vise une catégorie sociale précise : les personnes homosexuelles.

Stop.

Le premier problème est le suivant : pourquoi une campagne ciblée, qui opère directement le lien entre homosexualité et maladies sexuellement transmissibles, est-elle affichée de manière exhaustive dans un espace où, soyons honnête, la majorité des passants ne sont pas concernés ?

Vient ensuite le problème de la teneur même du message de cette campagne, qui pose là encore problème d’un point de vue moral. Il y aurait beaucoup à dire, mais concentrons-nous sur cette affiche qui titre : Coup de foudre / Coup d’essai / Coup d’un soir

La formule de chaque affiche est triple, ce qui met systématiquement sur le même plan trois expressions, comme ci-dessus. Si le « coup de foudre » sous-entend le sentiment amoureux, ce n’est pas le cas du « coup d’essai » et du « coup d’un soir », qui signifient une sexualité bestiale et irréfléchie, voire immature. 

                               


Le Ministère de la Santé porte donc un jugement clair sur la sexualité en général : dorénavant, tout passant devra considérer que le sentiment amoureux est aussi valable que l’instinct animal, faisant la promotion de la simple « éclate » avec un « inconnu ». Comme avec Gleeden, le « pour la vie » est mis sur le même plan que le « coup d’un soir ». 

Quel programme ! Quelle ambition pour un jeune qui passe devant de telles affiches. Quelle belle vision de l’amour ! Non seulement c'est l'Etat qui s'en mêle, mais en plus, ce faisant, il brouille tout chemin vers une sexualité épanouie parce qu’équilibrée. Ce n'est certainement pas avec un tel relativisme et des coups d'essai dans les bras d'un inconnu que l'individu pourra pleinement se réaliser. Il ne s’agit pas de condamner cela, mais d’attendre de l’Etat qu’il n’érige pas ces comportements en exemple.

Ces affiches sont désastreuses de bêtise, d’abord parce qu’elles donnent une bien piètre image du pouvoir : étant relayées par les services publics, elles délivrent un message du gouvernement. On est face à un pouvoir qui ne réfléchit plus, qui se laisse gagner par un politiquement correct bloquant toute réflexion, et qui ancre le relativisme dans les esprits en colonisant nos imaginaires. Si leçon à donner il y avait dans le domaine de la sexualité – ce qui n’est pas sûr – l’Etat devrait au moins se rappeler qu’il a un devoir d’exemplarité envers les citoyens. 


Balayer toute réflexion critique et laisser place à la bien-pensance ?


De telles campagnes sont faciles à défendre, car il sera aisé de convoquer ou l’homophobie, ou le manque d’ouverture d’esprit. Cependant, le réel débat ne se situe pas du coté de l’homosexualité, mais du côté du devoir de l’Etat, qui affiche ou autorise de telles campagnes ; de la place accordée à la sexualité dans le domaine public ; enfin d’un débat de civilisation : de telles affiches exposées aux yeux de tous souhaitent changer les mentalités, et peut-être y parviendront-elles si personne ne dénonce ce qui le révolte. 

Si nous n’avons pas le courage de brandir les valeurs qui nous structurent aujourd’hui, demain il sera trop tard, car elles auront été aspirées par la spirale relativiste qui dévaste notre société, balayant toute morale et toute réflexion critique, laissant à la place la bien-pensance, qui interdit le blâme.


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