mercredi 8 mars 2017

Le monopole de la tolérance

La politique française et les rapports qu’en font les médias sont actuellement nauséabonds, préjugés et arguments ad hominem rendant impossible un véritable débat d’idées, une réelle critique des points faibles des programmes. Qu’est-ce qui a changé, quelles sont les causes de cette cristallisation des opinions qui paralyse le débat politique ?




La caricature des adversaires politiques, une attaque contre la démocratie


            Certains hommes politiques s’étonnent niaisement de la percée de l’extrême-droite et n’y observent que la preuve du racisme ou de la bêtise d’un tiers de la population, préférant se noyer dans la fange de leur propre ignorance plutôt que d’affronter le bilan sévère de leur conduite : ils ont une grande part de responsabilité dans cette polarisation du monde politique français. 

            Certes, on ne peut leur reprocher de ne pas avoir suffisamment critiqué l’extrême-droite : « Le vote FN chez les jeunes est une déviance » (C. Taubira, 29 septembre 2016), « Le fascisme rampant de Mme Le Pen » (V. Peillon, 3 janvier 2017). Pourtant, ce n’est pas avec des jugements provocateurs mais avec des arguments raisonnables que la société progresse vers un bien commun. Caricaturer une partie de la population s’avère utile pour gagner à court terme une élection, mais cela contribue à polariser radicalement la société, puisqu’une telle attitude rend impossible un dialogue constructif -c’est une attitude anti-démocratique. En effet, la polarisation de la société entraîne ce que Tocqueville nommait « la tyrannie de la majorité » (De la démocratie en Amérique), c’est-à-dire que s’il n’y a plus de coopération dans le domaine politique, le groupe majoritaire possède un pouvoir démesuré sur le reste des citoyens -il peut ainsi rendre leur opinion illégale, par exemple.

            En outre, les jugements pétris de bêtises et de préjugés ne sont pas formulés uniquement contre des partis, mais aussi contre des catégories de citoyens en raison de leur avis sur une question sociale ou bien de leurs conditions de vie. Laurent Wauquiez (LR), dans ses très nombreuses déclarations sur ceux qu’ils nomment les « assistés » - le 8 mai 2011, sur BFM-TV, il dénonce « l’assistanat » comme « le cancer de la société française » - participe à la marginalisation des personnes sans emploi, alors même que le RSA ne représente que 2,5% du budget française en 2016 et que parmi ses bénéficiaires, une minorité extrêmement faible profite réellement du système.


 La droite française est bien souvent perçue comme un exemple d’intolérance, à la limite du racisme, de l’homophobie et de la dictature -la gauche serait au contraire un exemple d’humanité, le camp des Robins des Bois au service des défavorisés, un refuge pour les opprimés. Assurément, on ne peut pourtant que constater qu’il y a autant d’intolérants à gauche qu’à droite. Défendre une opinion pourtant commune sur certaines questions de société peut parfois vous faire passer du statut de « citoyen engagé » à celui de « proche de Maurice Papon » dans le débat politique. Par exemple, l’influent homme d’affaires et soutien financier du Parti Socialiste Pierre Bergé, lorsqu’il affirme dans un tweet du 26 novembre 2016 : "Voter Fillon c'est voter pour la France réac, la Manif pour tous […] La France pétainiste. Quand va-t-on à Vichy ?", participe à un lent assassinat de la démocratie.

     L'écoute et le respect, conditions nécessaires au débat public

            Quand Jacques Chirac dénonce en l’UDF le « parti de l’étranger » lors de l’appel de Cochin du 6 décembre 1978, il dresse bien une caricature d’un parti pourtant proche de ses propres convictions. Ce n'est donc pas un phénomène nouveau Néanmoins, l’irrespect envers les adversaires politiques est en hausse depuis quelques années, et ce bien souvent à des fins électorales. Les années 1930 constituaient aussi une époque où le climat politique était détestable -le Maréchal Pétain déclarant que « l’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice » à cause du Front Populaire, le 20 juin 1940 – et il ne faut pas refaire les mêmes erreurs.


            Il est donc nécessaire d’éviter les arguments ad hominem et les préjugés qui masquent les idées et le véritable débat de fond nécessaire à un bon gouvernement de la nation. Les journalistes qui relaient ces informations ont également leur part de responsabilité, privilégiant trop souvent l’acharnement médiatique aux idées -ce qui favorise l’extrémisme. La tolérance contient à la fois le respect et l’écoute. Le respect envers les adversaires politiques, car le dénigrement radicalise, et l’écoute pour que la vérité et le bien commun puissent être approchés dans un même effort collectif. Paraphrasant Valéry Giscard d’Estaing, osons affirmer : « Vous n’avez pas le monopole de la tolérance ! » à ceux qui caricaturent trop vite les opinions et évitent le débat de fond. 

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