lundi 29 mai 2017

L&P #10 : Les prédateurs au pouvoir


« Nous sommes des citoyens malheureux mais des sociologues satisfaits de constater chaque jour la validation de la thèse d’une guerre que les plus riches mènent contre les peuples avec l’Argent pour principale arme ». Voici comment commence le nouvel ouvrage de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, sociologues et spécialistes des grandes fortunes françaises, essai court mais engagé qui ne fait que répéter une thèse qu’ils défendent depuis longtemps et qui se confirme d’année en année : qu’ils soient de droite ou de gauche, tous les politiques sont aujourd’hui au service de l’argent. Mais leur constat ne s’arrête pas là. Les évènements qui ont récemment marqué le paysage politique et médiatique les poussent même à affirmer que la guerre pour la richesse et aussi une guerre contre le peuple. 

Les deux sociologues dressent d’abord une critique sévère des profits qui se font aujourd’hui grâce au réchauffement climatique. « Les puissants et les riches instrumentalisent le réchauffement climatique avec la création d’outils financiers qui les enrichiront un peu plus mais qui contribueront à éliminer une partie des plus pauvres de la planète ». Le couple dénonce au passage l’influence et le soutien illégitime des lobbies dans les différentes campagnes présidentielles. Plusieurs figures politiques sont alors visées particulièrement. Le premier de tous est Trump, évidemment, qui ne se cache pas de n’agir que pour l’argent lorsqu’il déclare : « j’ai du mal à refuser l’argent parce que c’est ce que j’ai fait toute ma vie. Je prends et je prends et je prends. Vous savez, je suis cupide. Je veux de l’argent, de l’argent » (Nevada, 23 février 2013). La critique vise également les Le Pen et leur parti : Jean-Marie Le Pen est soupçonné d’avoir eu un compte en Suisse de 2,2 millions d’euros et « la surfacturation des dépenses liées à ces élections a pu permettre au FN d’améliorer ses réserves financières de 1,2 million d’euros sur le dos du contribuable français ». La famille Fillon est la dernière cible du couple Pinçon-Charlot, François Fillon ayant engagé sa femme au poste d’assistante puis ces deux enfants pour un salaire de 3 500, 3700 et 4 800 euros respectivement. « Les affaires Le Pen, Fillon et Trump doivent être décryptées avec les outils de la sociologie qui mettent en évidence une classe sociale qui, à tous les niveaux des territoires, a pour seul objectif la défense de ses intérêts et la destruction de toutes les protections pour les autres. Cette violence de classe est légalisée par une grande partie des politiques qui bien qu’ils soient aux ordres, ont mission de raconter une toute autre histoire aux électeurs afin que leurs votes légitiment les intérêts de ceux qui s’accaparent leur travail ».

Les deux sociologues mettent en lumière un phénomène qui semble aujourd’hui entré dans la norme tant il a été soutenu et entretenu par le rêve américain du self-made man et par la valorisation du profit propre à l’éthique protestante et chère au capitalisme. Ce phénomène, c’est le désir de posséder de l’argent non plus pour la fonction de transaction qui le définit mais pour la valeur qu’il représente en lui-même. « La pensée néolibérale est une catastrophe intellectuelle à laquelle ont oeuvré d’un commun accord droite et gauche de gouvernement, sous la bénédiction d’une technocratie européenne incontrôlable par les peuples (…). Il est urgent d’agir avant qu’il ne soit trop tard ». Urgent de comprendre que l’argent n’a pour valeur que celle qu’on lui prête. Qu’il faut de l’argent pour vivre et non pas vivre pour l’argent.



Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Les prédateurs au pouvoir, main basse sur notre avenir, 64p., 8,00€, Editions Textuel.


Lire & Penser : la chronique mensuelle qui présente et critique un ouvrage récemment paru. 
Il faut penser pour vivre et non pas vivre pour dépenser.











"Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite" Charles Péguy

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