dimanche 21 mai 2017

L&P #9 : À la conquête du CAC 40


« Le capitalisme a transformé le désir en addiction, métamorphosé les merveilles de la sexualité en l’un des premiers marchés mondiaux, et retourné la pulsion de vie en pulsion de mort ». Le ton est donné. Dans son dernier ouvrage, Claude Mineraud, ancien entrepreneur dans le domaine de l’assurance et du conseil patrimonial, dénonce un système qu’il connaît trop bien. A la suite d’un processus irréversible de financiarisation et de dématérialisation des capitaux, le capitalisme est passé de familial à actionnarial. Et l’auteur identifie plusieurs graves conséquences de cette mutation historique.

Il semble, selon Mineraud, que là où le capitalisme a avancé, l’Etat a reculé et que les opérations de fusion, d’acquisition, de superposition des entreprises « ont engendré un emballement, une course au gigantisme et à la prétention du rang au niveau planétaire », les multinationales ne visant, dès lors, que des « objectifs strictement quantitatifs de croissance externe ». La fin justifie les moyens : la logique financière a pris le dessus et les mesures libérales de déréglementation et d’ouverture totale des marchés ont précipité la société dans un régime de matérialisme froid. Les traités de libre-échange se multiplient, l’Union Européenne acquiert de plus en plus de pouvoir. Mais ces organisations sont, selon Mineraud, inopérantes puisqu’elles ont « depuis longtemps apporté la preuve qu’elles sont aux ordres et au service des multinationales esclavagistes des pays dominants ». Face à cette hégémonie grandissante de l’idéologie du « laissez faire, laissez passer », l’autorité de l’Etat doit être refondée pour une simple et bonne raison : il ne remplit plus son rôle. Il est devenu « incapable d’intervenir avec efficacité dans la vie sociale et économique » et lorsqu’il essaie, les sommes qu’il dépense institutionnalisent « la tutelle des multinationales donatrices sur leur gestion et leur orientation ».

L’auteur ne se contente pas de critiquer un système et ses dirigeants : il apporte des réponses et des solutions. « Il est indispensable (…) que l’Etat reprenne sans tarder son rôle de régulateur de l’économie » et pour ce faire, procède à un certain nombre de nationalisations partielles d’entreprises, nationalisations que l’auteur prend le temps de justifier et de financer. Face à la « pauvreté de culture et de perspectives », il s’agit pour Mineraud de renouveler le paysage politique, la pertinence de ses débats et la légitimité de son action. « La démocratie n’est plus qu’un concept vide de substance, réservé aux discours électoraux et démagogiques ». Les mesures proposées par l’auteur sont brillantes et pourraient se résumer ainsi : redonner « sa mission régalienne de décision et de régulation à l’Etat » et sa « destination sociale » à l’entreprise ; exiger des représentants élus d’exprimer la « volonté cohérente et unificatrice de l’ensemble de la nation » et de la population une plus grande implication dans un élan de « reconstruction collective ». L’enjeu est de taille. Il faut sauver l’individu moderne d’un outil qu’il a lui-même créé : le capitalisme. La conquête du bonheur passe par la guerre contre la finance.


Claude Mineraud, À la conquête du CAC 40, Pour une refondation de l’Etat, 89p., 7,90€, Editions de la différence


Lire & Penser : la chronique mensuelle qui présente et critique un ouvrage récemment paru. 
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"Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite" Charles Péguy

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