mercredi 21 juin 2017

L&P #13 : La nouvelle économie politique


Tous les plus grands économistes ont écrit, un jour ou l’autre, un traité d’économie politique : du Traité d’économie politique de Montchrestien en 1615 à celui de Say en 1803, en passant par le Principe de l’économie politique et de l’impôt de Ricardo et les Eléments d’économie politique pure de Walras. L’expression est créée au début du XVIIè et a pour but, selon Charles Gide, de décrire « l'étude de la production économique, l'offre et la demande de biens et services et leurs relations avec les lois et coutumes ; le gouvernement, la distribution des richesses et la richesse des nations incluant le budget ». Le but de l’économie politique est de rendre compte, à la fois, de ce qui est et de ce qui devrait être. Chaque siècle étant différent, les économies politiques se sont multipliées. Et le nôtre ne fait pas exception. Récemment, deux nouvelles économies politiques ont vu le jour. Celle d’Olivier Bomsel : La nouvelle économie politique, une idéologie du XXIè siècle et celle de François Morin : L’économie politique du XXIè siècle. Les deux ont la même ambition : dresser un tableau fidèle de l’économie actuelle et réfléchir à la façon dont elle pourrait être améliorée. Mais les deux économistes ne l’envisagent pas de la même façon.

Selon Olivier Bomsel, l’économie est devenue le coeur de nos activités. Elle nous suit partout où nous allons ce qui, bien-sûr, relève de l’évidence mais nous paraît de plus en plus naturel - peut-être même trop naturel. Sur-médiatisée, accompagnée de progrès technologiques et publicitaires nombreux, elle en devient parfois étouffante. Mais l’intérêt de cette nouvelle économie politique réside surtout dans l’expression même qui est utilisée : parler de « nouvelle » économie, c’est laisser entendre qu’il existe une « ancienne » économie et - plus encore - que celle-ci a été dépassée. « Cette Nouvelle Economie politique se distingue de l’ancienne, classique ou naturaliste, qui faisait de l’économie la structure sous-jacente de la politique, tantôt en dessinant des classes aux intérêts matériels opposés, tantôt en aimantant les choix publics vers plus de bonheur social. Son pari est de conjuguer économie et politique dans une très large autonomie l’une de l’autre ». Et la mission que se donne Olivier Bomsel est de présenter cette « double logique de la théorie économique contemporaine » et de la contester. En fait, il paraît difficile - voire impossible - de penser l’économie sans penser la politique. Parce que l’économie dépend très fortement des institutions de la société dans laquelle elle est intégrée, comme l’a montré Douglass North, et parce que l’économie doit être pensée avant tout comme un outil politique. Là où l’économie s’est libérée de la politique, là où la société a une tendance au « désencastrement » au sens où Polanyi l’entendait, elle a vu naître de réelles tensions sociales entre ceux à qui le système économique réussissait et les autres. La nouvelle économie politique de Bomsel est une économie de réconciliation.

Ce n’est pas exactement ce qu’entend défendre François Morin dans son économie politique. En fait, celui-ci adopte un tout autre angle : celui du débat entre valeur-capital et valeur-travail. L’économie politique du XXIè siècle se caractérise par une dématérialisation et par une mobilité inédites des capitaux. Dès lors, le facteur capital semble avoir pris une valeur toute autre tandis que le facteur travail a progressivement perdu la sienne. Finance globalisée et capitalisme actionnarial ont alors précipité ce phénomène. Ce que réclame l’auteur, c’est de renouer avec la véritable valeur du capital, de la monnaie et du travail. Et là où le livre est d’un grand intérêt, c’est dans la réflexion qu’il propose à travers la refondation démocratique par la monnaie. « A chaque niveau d’une maille territoriale - locale, nationale, internationale -, la crédibilité d’une monnaie repose fondamentalement sur la confiance que les citoyens peuvent lui accorder. Cette confiance sera d’autant plus grande que les citoyens non seulement participent à la définition des principes d’émission de la nouvelle monnaie, mais également activement à sa gestion et à sa circulation ». L’économie politique que nos démocraties libérales doivent adopter est une économie où l’échelle globale indique le prix d’un bien et l’échelle locale en indique la valeur. La nouvelle économie politique sera une économie à taille humaine ou ne sera pas.


Olivier Bomsel, La nouvelle économie politique : Une idéologique du XXIème siècle conquête, 448p., 8,20€, Gallimard.


François Morin, L’économie politique du XXIème siècle : De la valeur-capital à la valeur-travail, 311p., 22,00€, Lux éditeur.

Lire & Penser : la chronique mensuelle qui présente et critique un ouvrage récemment paru. 
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"Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite" Charles Péguy

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