jeudi 27 juillet 2017

"On est chez nous" ou le désir de politique

Texte préalablement publié sur Boulevard Voltaire.

L’un des slogans les plus entendus aux meetings de Marine Le Pen lors de la dernière élection présidentielle était « On est chez nous ! ». Les nouveaux gardiens du Bien furent prompt à y voir une forme de dangereuse « xénophobie » et d’impardonnable « repli sur soi », qu’ils condamnèrent sans scrupule. Pourtant, il se pourrait que ce slogan soit moins un symbole de repli identitaire et autres vilenies que la fierté de proclamer envers et contre tous la persistance d’un « nous », d’un peuple. En ce sens, ce qui est populiste correspondrait au refus d’une démocratie sans « démos » et à un désir de politique.




Pour comprendre le phénomène populiste, encore faut-il enlever les filtres idéologiques déformants qu’appliquent consciencieusement les bien-pensants dès lors qu’apparaît le terme « peuple » ou « populisme ». C’est ce que fait avec brio le philosophe politique Vincent Coussedière qui diagnostique dans Le Retour du peuple « une crise de l’être-ensemble social » contre laquelle naît le populisme, « protestation qu’un vieux peuple oppose à son anéantissement programmé ». Or, si nos élites sont si insensibles à cette protestation populiste, c’est que la dissolution du politique fait partie de leur projet, application exacte des dogmes libéraux. Comme le résume Marcel Gauchet dans Comprendre le malheur français, « les élites ne voient dans le politique qu’un obstacle archaïque à réduire au minimum ; mais les peuples y voient la protection suprême ». Le peuple désire un retour du politique, conscient qu’il est son seul moyen de perdurer en tant que peuple, et non en tant que foule d’individus atomisés et soumis au marché. En réaction à cet individualisme, se développe un autre phénomène antipolitique : le communautarisme, dont l’islamisme est la forme la plus extrême et active. Aimé Césaire résumait le problème ainsi dans une lettre à Maurice Thorez : « Il y a deux manières de se perdre : par ségrégation murée dans le particulier et par dilution dans l’universel. »

Face au risque de se perdre et à cette alternative impossible entre deux totalitarismes, il nous faut retrouver notre souveraineté politique, condition de notre (sur)vie en tant que peuple. Ce n’est pas à autre chose qu’appelle le jeune intellectuel, ancien veilleur et promoteur de l’écologie intégrale, Gaultier Bès dans Radicalisons-nous ! : « Dire qu’il y a un « nous » ne suffit évidemment pas. Cela 
ne résout bien sûr pas la question des fondements de ce « nous », de ses origines et de son avenir, 
mais permet cependant de réaffirmer ce qui devrait être un postulat unanimement partagé, au-delà 
des divergences politiques, un pré-requis fondamental justement : il n’y a pas de démocratie sans 

projection d’un « nous », pas de souveraineté politique sans sentiment d’appartenance. »



Pour approfondir :
- Interview sur Le Prisme de Vincent Coussedière, philosophe politique, auteur du Retour du peuple, dans lequel il esquisse une remarquable phénoménologie du populisme.
- Recension du Temps du phénix, ouvrage de Bruno Mégret, dans lequel l'ancien politicien aborde courageusement et lucidement les défis de la souveraineté et de l'identité. 

1 commentaire:

  1. Une démocratie sans "démos" est sémantiquement un non-sens, mais dans le contexte d'un "on est chez nous", elle résulte de l'acculturation qu'un peuple produirait sur un autre. En ce sens, la démocratie française est mise en péril par la prolifération de minorités ethniques par une sorte de substitution culturelle, politique, sociale et religieuse. Cette idée d'annexion culturelle, qu'induit la démocratie sans démos du "On est chez nous", est théorisée au sein de la thèse du Grand remplacement: cette thèse sous-tend le "On est chez nous". Il en résulte que la ligne de démarcation entre populistes et anti-populistes est de nature identitaire: comment caractériser le "nous" de manière à l'homogénéiser ? Quel sens revêt le "on" du "on est chez nous" ? L'idée de peuple, dans le sens populiste du terme, est-elle raciale et, ce faisant, immuable ? En bref, préalablement à l'évocation "d'une démocratie sans "démos" inhérente supposément aux protestations populistes", faut-il encore établir quelques éléments de clarification au sujet de l'identité du peuple.

    RépondreSupprimer