mercredi 9 août 2017

L&P #20 : La Grève


« Vous me dites que le fort produit de l'argent au détriment du faible, n'est-ce pas ? Mais de quelle force s'agit-il ? Ce n'est pas celle des armes ni des muscles. Ce qui produit de la richesse, c'est la capacité de l'homme à penser. Pour autant, l'inventeur du moteur gagne-t-il de l'argent au détriment de ceux qui ne l'ont pas inventé ? Est-ce que l'homme doué d'intelligence gagne de l'argent au détriment des sots ? Le capable au détriment de l'incompétent ? L'ambitieux au détriment du paresseux ? Quand il est n'est pas détourné ou pillé, l'argent est le fruit des efforts de tout homme honnête, chacun dans la limite de ses capacités. L'homme honnête sait qu'il ne peut pas consommer plus qu'il n'a produit. » Ces mots d’Ayn Rand ont beau avoir soixante ans, ils ne vieillissent pas : ils sont même bien actuels. La philosophe, scénariste et romancière américaine offre dans son roman monumental traduit « la grève » en français - la traduction exacte étant « Atlas haussa les épaules » ou « la révolte d’Atlas » - une critique lucide des sociétés étatistes et, plus généralement, un éloge explicite de la liberté individuelle et de « l’égoïsme rationnel ». La Grève, bible des libertariens, fait partie des livres les plus influents aux Etats-Unis. Et on comprend pourquoi : le roman résume, en quelques 1 300 pages, toute la philosophie libérale américaine.

Pour faire bref, La Grève décrit la fiction d’une société où les « hommes d’esprit » - c’est-à-dire les créateurs, les entrepreneurs, les artistes, les scientifiques et les travailleurs honnêtes - décident de se retirer, de faire grève, pour montrer au reste de la société à quel point ils sont indispensables. Parmi ces quelques personnages, John Galt, le héros randien par excellence : philosophe, entrepreneur et inventeur de génie, dirige la grève. Celui-ci la justifie de la façon suivante : « Nous sommes en grève contre l’auto immolation. Nous sommes en grève contre le principe des récompenses imméritées et des obligations sans contrepartie. Nous sommes en grève contre la doctrine qui condamne la poursuite du bonheur personnel. Nous sommes en grève contre le dogme selon lequel toute vie est entachée de culpabilité. » Ici, le message d’Ayn Rand est avant tout philosophique : une société est injuste à partir du moment où elle rémunère chacun selon son besoin et non plus selon son dû. La philosophie de Rand repose sur une promesse faite à chaque homme, sur une foi inébranlable en l’individu et en sa rationalité. Elle écrit : « Ne laisse pas ta flamme s’éteindre, étincelle après précieuse étincelle, dans les eaux putrides du presque, du pas encore ou du pas du tout. Ne laisse pas périr ce héros qui habite ton âme dans les regrets frustrés d’une vie que tu aurais mérité, mais que tu n’as jamais pu atteindre. Tu peux gagner ce monde que tu désires tant, il existe, il est bien réel, il t’appartient. » Dès lors, on comprend que le libéralisme que défend Rand est un véritable humanisme, dans la mesure où il fonde sa doctrine sur l’individu, et l’individu seul.

« J’espère que nul ne viendra me dire que des hommes tels que mes personnages n’existent pas. Le fait que ce livre ait été écrit - et publié - est la preuve qu’ils existent bien. » écrit Ayn Rand à propos de son livre. Et l’on en revient à la question sur laquelle repose tout le livre : qui est John Galt ? John Galt, c’est celui qui sert son propre intérêt. Celui qui comprend que seul l’effort paie. Que « tout désir suppose la possibilité de le réaliser » et qu’ « un acte ne se justifie que s'il répond à un but précis ».


Aynd Rand, La Grève, 1340 p., 19,00€, Les Belles Lettres.


Lire & Penser : la chronique mensuelle qui présente et critique un ouvrage récemment paru. 
Il faut penser pour vivre et non pas vivre pour dépenser.

















"Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite" Charles Péguy

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