mercredi 23 août 2017

L&P #22 : Pour un capitalisme d'intérêt général


« L’entreprise capitaliste est de plus en plus passée sous la coupe des actionnaires et de leur principe absolu de maximisation du dividende, et dès lors est réduite à la recherche du profit et de la marge. Le développement des inégalités, ces dernières années, apporte un nouvel argument à ceux qui contestent que le capitalisme soit le meilleur système économique possible ». Dans un nouvel ouvrage, Jean-Marc Borello, ancien dirigeant d’une PME, constate que le capitalisme bute à nouveau contre ses propres contradictions. En fait, sa légitimité est même remise en question. Alors qu’il avait été considéré comme un système efficace - bien qu’inégalitaire - durant tout le XXème siècle - et même avant -, les crises des années 1970 l’ont fragilisé et, en plus d’inégalitaire, il devint inefficace. Modèle économique généralisé, le capitalisme libéral est aussi devenue une idéologie politique qui semble aujourd’hui indépassable. Cette remise en question n’en est donc pas une. Il s’agit seulement d’un « changement dans la continuité ».

« Il faut donc construire un nouveau capitalisme, le capitalisme d’intérêt général ». Si sa critique du capitalisme est judicieuse - bien qu’elle ne prenne pas en compte l’aspect déshumanisant d’un tel système, seulement le fait qu’il est la source de crises, de récession et d'inégalité -, la solution que l’auteur apporte l’est un peu moins. « Cette mutation passe par la création d’une nouvelle forme d’entreprise, poursuivant l’objectif de l’intérêt général, insérée pleinement dans l’économie de marché, et dont on aura supprimé tous les obstacles dans l’accès au financement, qui entravent son développement. Oui, ce nouveau modèle constitue une innovation radicale, puisqu’il affirme que l’impact social n’est pas incompatible avec l’efficacité économique et la rentabilité financière ». L’idée a de quoi séduire mais paraît bien peu réaliste. Evidemment que l’impact social n’est pas incompatible avec l’efficacité économique, seulement cette efficacité ne sera pas maximale. Or le capitalisme est, par définition, un système qui vise la maximisation du profit. Le capitalisme est un outil qui fonctionne bien mieux seul : les plus grands entrepreneurs sont ceux qui l’ont compris avant les autres. Dès lors, trouver un milieu entre le capitalisme brute et l’économie sociale et solidaire - que l’auteur juge, à raison, insatisfaisante -, paraît impossible.

La thèse défendue par Jean-Marc Borello est de plus en plus courante. Face aux critiques et à la crise de légitimité dont le capitalisme souffre aujourd’hui, les économistes ont fait appel au vieux concept de « l’intérêt général ». Comme si l’économie se souciait du bien commun. En réalité, on a affaire à une illustration flagrante de l’hypocrisie intellectuelle des économistes : quand leur système fonctionne mal - c’est-à-dire quand il n’enrichit pas assez -, ils font lâchement appel au sentimental - c’est-à-dire au culturel, au social, au politique : à tout ce que l’économie considère comme secondaire. Parler d’un « capitalisme d’intérêt général », c’est reconnaitre que le capitalisme seul est « sauvage » et qu’il doit être domestiqué. L’histoire montre qu’il ne peut pas l’être : c’est justement sur cet aspect naturel, instinctif - presque animal, que le capitalisme repose. Le capitalisme sera sauvage ou ne sera pas. Il n’y a pas d’alternative.


Jean-Marc Borello, Pour un capitalisme d’intérêt général, 193 p., 18,00€, Débats Publics.


Lire & Penser : la chronique mensuelle qui présente et critique un ouvrage récemment paru. 
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"Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite" Charles Péguy

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